Madinina, L'île aux fleurs, l'île des revenants, chalè, chalè !!!

Fruit présenté : Pomme Canelle

26 avril, 2009

Les Monuments de la Capitale

Classé dans : Fort de France, Ville Capitale — CATORC Charles @ 17:00

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 Le Fort Saint-Louis

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Au XVIIè siècle, Jacques du Parquet fait bâtir sur un îlot un fortin qui est dénommé « Fort Royal ». Le Fort est vite démantelé. Son édification est reprise en 1669 par le marquis de Baas, suivi dans cette action par Blénac. Dès 1672 Louis XIV envoie à la Martinique un ingénieur pour superviser les travaux. Le chantier est financé par un impôt spécial institué dans la colonie pour acheter et subvenir aux besoins de la main d’œuvre esclave chargée de la réalisation qui s’achève en 1703.

Position militaire stratégique très convoitée par les ennemis de la France, Fort Royal encore inachevé doit devenir rapidement opérationnel. En 1674, il se défend d’une attaque des Hollandais. Lors de la Guerre d’Indépendance d’Amérique, le Fort sert de bases aux forces navales françaises. A la Guerre de Sept ans, il est baptisé Fort Edward par les Anglais. Il deviendra ensuite Fort-Royal, jusqu’à ce que la période révolutionnaire le nomme Fort République. En 1802, après l’occupation anglaise, il devient le « Fort Saint-Louis ». Les Anglais reprennent le Fort en 1809 et l’évacuent en 1814. Entre temps, Bonaparte baptise la Ville adossée au Fort, Fort-de-France, nom qui sera définitivement admis qu’après 1848. Impressionnante construction du XVIIème siècle, située à l’Est de la Baie des Flamands, jadis Baie du Cul-de-Sac, le Fort Saint –Louis est un témoin de la naissance de Fort-de-France. Classé monument historique en 1973, il abrite le commandement de la marine des Antilles-Guyane ; Le Fort Saint-Louis a été l’un des premiers élément du système défensif de la Baie des Flamands complété par ensuite par le Fort Desaix et le Fort Tartenson, les Batteries de la Pointe des Nègres, des la Pointe des Sables, de la Pointe du Bout et de l’Ilet Ramiers.

Le Fort DESAIX

Fort Bourbon en 1793, Fort la Convention en 1793, Fort George sous les occupations anglaises (1794-1802, 1809-1814) puis Fort Desaix à partir de 1802, ce nom ayant été donné par Bonaparte en hommage au Général Desaix (1768-1800), administrateur en Egypte et tué lors de la bataille de Marengo. Construit de 1763 à 1780 sur le Morne Garnier qui domine Fort de France. Sa construction a été décidée car en 1762 les Anglais avaient occupé la Martinique et assiégeaient le Fort Saint-Louis depuis une position installée sur le Morne Garnier. Modèle de construction à la Vauban avec sa « redoute », qui a donné le nom à ce quartier de Fort de France. De 1940 à 1943, il abrita sous l’administration de l’amiral Robert, Gouvernement de Vichy, une partie de l’or de la Banque de France transporté par le croiseur Emile Bertin. Il est, aujourd’hui, le siège de l’Etat-major des forces terrestres aux Antilles et le casernement principal du 33ème RIMA.

Le Fort TARTENSON

Du nom d’une famille originaire des Basses Alpes et installée en Martinique dès le XVIIème siècle. Sur cette position convoitée par les Anglais pour sa situation dominante sur les fortifications du Fort Saint-Louis, un petit fortin n’y pourtant fut construit qu’entre 1857 et 1873. D’ailleurs, lors qu’il accueille le Roi Dahomey Béhanzin en exil de 1894 à 1898, il n’est constitué que des quelques baraquements. Enfin armé de 1898 à 1939, sa batterie intimidera les marins de l’Amiral Robert stationnés au Fort Saint-Louis et précipitera le passage de la Martinique vers la dissidence gaulliste. Il est occupé désormais par les troupes du 33ème RIMA et ses sous-sols abritent un centre de transmission des Affaires Etrangères.

Le Fort GERBAULT

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Nom donné au quartier de Fort de France qui domine la capitale par la route de la Folie, en souvenir du lieutenant-colonel Gerbault, commandant de la Martinique et mort à saint-Pierre, le 8 mai 1902, lors de l’éruption de la Montagne Pelée.

La Cathédrale Saint-Louis

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Située à la rue Schoelcher, face à la place Monseigneur Roméro, la Cathédrale Saint-Louis et une église souhaitée par Blénac, pour remplacer l’humble paillote qui a succédé en 1674 à la première chapelle en roseaux. Reconstruite, transformée, déplacée entre le début du XVIIIème et du XIXème siècle, détruite à cause des catastrophes diverses, la vieille église de Fort-de-France cède la place à la Cathédrale dont la réalisation est confiée à l’architecte Henri PICQ. En 1851, la création d’un évêché à Fort Royal permet d’inaugurer la Cathédrale Saint-Louis dont la première pierre fût posée en 1845.

Le cachet architectural de l’édifice tient de sa luminosité intérieure et de la légèreté de ses structures. Célèbre pour ses orgues, la Cathédrale présente d’autres atouts : son clocher (réhabilité en 1971) de structure métallique revêtue de 3 000 écailles d’aluminium, lourd de 24 tonnes, sa flèche ornementale, ses vitraux…

La Fontaine MACKAU

Autre symbole du pouvoir et de la mémoire qui mérite un arrêt sur image : la Fontaine Mackau. Côté Bord de mer, cette ancienne fontaine à quatre faces comportant chacune une bouche en tête de lion a reçu le nom du vice-amiral Armand de Mackau, Gouverneur de la Martinique en 1835 et 1836. Sous son administration, on met en place les municipales puisque jusque-là les Maires étaient nommés par arrêté du Gouverneur. Devenu Ministre de la Marine et des Colonies en 1843, il est à l’initiative de la loi du 18 juillet 1845 relative au régime des esclaves dans les colonies.

La Fontaine GUEYDON

Au milieu du XIXe siècle, face aux sérieux problèmes d’approvisionnement en eau potable de la Ville de Fort-de-France – l’amiral Gueydon, Gouverneur de la Martinique à l’époque, entreprend la construction d’un château d’eau qu’il confie aux militaires. Ainsi, Gueydon détourne des hauteurs de Didier, le cours de la rivière Case-Navire pour subvenir aux besoins en eau de la population foyalaise. Monumentale Fontaine, construite en forme de vasque, elle coule pour la première fois le 13 juillet 1856, déversant les eaux captées vers une sorte d’entonnoir auquel sont ajustés les conduits distribuant l’eau aux divers quartiers de la ville. La fontaine a cessé d’alimenter les foyers au profit des réseaux de distribution modernes. Cependant, malgré l’érosion, elle a gardé de sa superbe et offre une magnifique perspective sur la rue Antoine Siger du pont Gueydon à la rue de la Liberté. Les nostalgiques aimeraient voir l’eau y jaillir de nouveau.

La Statue de Joséphine

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Au milieu du XIXe siècle, Napoléon III soutient la réalisation d’une statue en hommage à l’Impératrice Joséphine Marie – Joseph Rose née le 23 juin 1763 en Martinique dans la commune des Trois – Ilets.

A l’âge de 16 ans, Joséphine se marie au Général Alexandre de Beauharnais en France. Epouse en seconde noces du Général Napoléon Bonaparte, elle est couronnée Impératrice le 02 Décembre 1804. Après sa répudiation, elle conserve son titre ainsi que la propriété de la Malmaison où elle décède le 29 mai 1814.

Sculptée dans du marbre de carrare offert par l’Empereur Napoléon III, la statue financée par une souscription locale est alors érigée le 29 août 1859 au centre de la Savane de Fort-de-France au milieu de palmiers royaux, puis déplacée dans une allée latérale lors du réaménagement de la Place. Joséphine est représentée en manteau impérial tenant le médaillon de Napoléon 1er, sur le piédestal figure un bas relief en bronze qui retrace la cérémonie du couronnement à la Cathédrale Notre Dame de Paris.

Diversement appréciée, à cause de la réputation d’esclavagiste qu’on lui attribue, la tête de la statue disparaît lors d’un attentat en septembre 1991, et n’est toujours pas remplacée.

La Chapelle du Calvaire

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Point dominant de la ville basse qui se détache de l’ancien morne Cartouche, le calvaire est un haut lieu religieux sur lequel se trouve la chapelle du calvaire qui a donné son nom au quartier. Construit en pierre, en maçonnerie et en bois vers la fin du XIXe siècle, l’édifice religieux est béni le 5 juillet 1874, puis restauré en 1935 pour les cérémonies du Tricentenaire du rattachement de la Martinique à la France. Dédiée à Notre – Dame – des – Douleurs, la Chapelle abrite une majestueuse représentation de la Vierge Marie tenant dans ses bras le cadavre de son fils que l’on a descendu de la Croix. Toute une symbolique qui atteste de la vocation religieuse et spirituelle de ce lieu où abondent les fidèles pèlerins venus faire leur traditionnel Chemin de Croix du Vendredi Saint (mars – avril). Charmante halte panoramique, le site offre un point de vue intéressant, apte à séduire les photographes et autres amateurs de paysages. Peu fréquentée en dehors des jours de pèlerinage, il convient de ne pas s’y aventurer seul.

La Bibliothèque Schoelcher

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Erigée à la fin du XIXe siècle, pour abriter une partie de la collection de Victor Schoelcher, offerte au Conseil Général de la Martinique, la Bibliothèque est le monument le plus fréquenté de Fort-de-France. Beaucoup d’étudiants viennent s’asseoir à l’une des tables de cette institution qui attire aussi l’élite intellectuelle, les visiteurs de passage, les passionnés de littérature. Source majeure de connaissances et de savoir qui recèle aujourd’hui plus de 250 000 volumes, les amateurs d’art s’y pressent volontiers les jours d’exposition.

D’inspiration byzantine, la Bibliothèque construite en 1886 selon les plans de l’architecte Henri Picq révèle l’une des ingéniosités de l’époque, « la climatisation naturelle ». D’abord présenté à Paris au Jardin des Tuileries, le monument composé d’un corps carré de 18 mètres environ de côté, recouvert d’un lanterneau est démonté, pour être ensuite installé à la Martinique. Pour des raisons diverses, le chantier prend du retard. On évoque les problèmes de financement, l’incendie de 1890 qui détruit 90 % de la collection Schoelcher (seuls 1200 ouvrages sont sauvés) et le cyclone de 1891. C’est en 1893, l’année du décès de Schoelcher, que la Bibliothèque ouvre ses portes.

Les défenseurs de la cause abolitionniste, de grands auteurs parmi lesquels Hugo, Dumas, Rabelais et surtout les philosophes du Siècle des Lumières Diderot, Rousseau, Montesquieu dont les noms sont inscrits en lettres d’or sur les façades latérales veillent sur ce haut lieu culturel. Equipée d’une biblisonag, chacun peut venir s’y distraire, s’informer, lire, s’émerveiller. Avec son jeu de couleurs et contraste en façades, ses pilastres et colonnettes bleu ardoise, son quadrillage ocre et beige, l’édifice se prête aux talents des sculpteurs de lumière.

Le Pavillon Bougenot

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Villa bourgeoise communément appelée « Pavillon Bougenot », elle s’inspire du style architectural de la Louisiane qui séduit de grands propriétaires sucriers de la fin du XIXe siècle. Construit par le fondateur de l’usine sucrière du Galion, Eugène Eustache, le Pavillon devient propriété de son gendre Emile Bougenot. Récemment rénovée par le Conseil Général, actuel propriétaire, cette somptueuse demeure entourée de grandes terrasses, est un joyau architectural.

L’Hôtel de Ville – Théâtre de Fort-de-France

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A la fin du XIXe siècle, l’Edilité de Fort-de-France décide d’ériger un Hôtel de Ville dont la construction démarre en 1884. Le chantier est épargné par l’incendie de 1890, puis retardé par le cyclone de 1891. L’Hôtel de Ville est alors inauguré en septembre 1901, soit 17 ans après le début des travaux. Le projet prévoit d’y adjoindre un théâtre. Mais l’éruption de 1902, les difficultés financières de la municipalité retardent cette construction qui est achevée 10 ans plus tard. Elégant édifice dans lequel se déroulent des représentations de qualité, le théâtre ouvert en 1912, puis rénové en 1984, prend place au milieu d’un parterre fleuri agrémenté de jets d’eau. La sobriété de la décoration intérieure, sa salle à l’italienne et son espace d’exposition ajoutent au raffinement. De nuit, l’éclairage du site mérite le détour.

Le Grand Marché

A la fin du XIXe siècle, la Municipalité de Fort-de-France installe au – dessus du marché une charpente et un toit afin de le protéger des intempéries. Cet équipement flambant neuf est détruit par le cyclone de 1891, puis reconstruit par Picq qui compte déjà à son actif la Bibliothèque Schoelcher et la Cathédrale. L’édifice est inauguré au début du XXe siècle, puis restauré en 1989.

L’Ancien Palais de Justice et la Statue de Victor Schoelcher

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L’ex – Palais de Justice de Fort-de-France est construit entre 1906 et 1907 en lieu et place de l’ancien. Les jours d’assises ou de procès importants, bon nombre de curieux venaient assister aux audiences. Sa façade principale s’ouvre sur la Place Légitime Défense où se dresse une statue commémorative de l’Abolition de l’Esclavage. Inaugurée en 1904, l’œuvre d’art de Marquet De Vasselot, sculptée et taillée, dans du marbre de carrare, représente Schoelcher accompagné d’un enfant sur le chemin de l’éducation. La fameuse phrase « Nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves » prononcée par cet illustre abolitionniste est gravée sur le socle.

L’Hôtel des Postes

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Achevé en 1910, l’Hôtel des Postes, Télégraphe, et Téléphone a été récemment rénové. Jolie bâtisse couleur crème aux liserais jaunes, il se dresse sur la rue de la Liberté face à la Savane.

L’Eglise du Sacré-Cœur de Balata

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Aux lendemains de la Première Guerre Mondiale, la communauté paroissiale animée par Monseigneur Lequien, tient à réaliser un mémorial pour les soldats tombés au champ d’honneur ainsi qu’un lieu d’habitat perpétuel du Saint Sacrement « le Sacré-cœur Martiniquais ». Des souscriptions et des initiatives se multiplient en faveur du   « Montmartre Martiniquais »

 Conçue par les architectes Wulfleff et Verrey, l’église du Sacré-Cœur qui se dresse sur le morne Savon au milieu de la végétation luxuriante de Balata, se veut une réplique au cinquième de la basilique Montmartre de Paris. De forme trapézoïdale, l’église mesure en moyenne 35 mètres de large pour environ 55 mètres de long, elle représente plus de 300 m 3 de béton armé et 50 tonnes d’acier.

Son campanile s’élève à 38 mètres et sa coupole est agrémentée de 16 vitraux. C’est l’une des premières constructions en béton armé de la Martinique, dont les travaux débutent en 1923 et s’achèvent en 1925 sous la direction du Père spiritain Bernard Arosteguy.

La Préfecture

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Reconstruit en béton armé, entre 1925 et 1928, l’édifice remplace le bâtiment en bois du « palais du gouvernement » qui devient préfecture en 1946, après la Départementalisation.

En 1948, un arrêté ministériel a donné la propriété juridique des bâtiments de la Préfecture au Département.

En 1990, en raison de leur intérêt du point de vue de l’histoire mais aussi de l’art, les façades inspirées du Petit Trianon de Versailles, les toitures et les deux bâtiments administratifs qui bordent l’allée d’honneur sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

La Préfecture ne se visite pas. En revanche, certaines salles sont occasionnellement accessibles au public lors de rencontres professionnelles, réunions de travail ou d’expositions temporaires.

La Statue de Belain d’Esnambuc

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Au XVIIe siècle, Pierre Belain d’Esnambuc débarque sur la Côte Nord Caraïbe pour prendre possession de la Martinique au nom du Roi de France. Cette arrivée du navigateur à la tête d’une poignée d’aventuriers embarqués sur une caravelle marque le début de la Colonisation (1635). Sur la Place de la Savane, face à la Baie des Flamands, la statue immortalise le colon « campé comme le marin à son bord, dans l’attitude du navigateur qui scrute la mer, cherchant à apercevoir la terre lointaine qui se profile à l’horizon ». Le monument, entièrement financé par la colonie, et transporté gracieusement par la Compagnie Générale Transatlantique « heureuse de donner à la Martinique un témoignage de son affectueuse sympathie », est érigée à l’occasion du Tricentenaire en 1935.

25 avril, 2009

Les Pitons du Carbet

Classé dans : Géographie de Madinina — CATORC Charles @ 17:22

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Les Pitons du Carbet sont d’origine volcanique et culminent à 1196 m. Ils sont avec la Montagne Pelée le plus bel observatoire naturel de l’île.

Cette région se caractérise par une épaisse forêt tropicale humide (forêt tropicale hygrophile) avec de hautes fougères arborescentes, anthuriums, balisiers, bambous. A partir de 800 m d’altitude, la végétation devient moins dense et dévoile des panoramas magnifiques sur l’île.

Les 5 Pitons du Carbet sont le Piton Lacroix ou Morne Pavillon (1196 m), le Piton de l’Alma (1105 m), le Piton Dumauzé (1109 m), le Piton Boucher (1070 m) et le Morne Piquet (1160 m)

En Martinique, la forêt tropicale humide ou hygrophile (de 2,5 à 7 m de précipitations par an) s’étend entre 150 et 1000 m d’altitude sur la Côte au Vent et entre 500 et 1000 m sur la Côte sous le Vent. Les arbres atteignent 30 à 40 m de hauteur, parfois 50 m et possèdent souvent de larges contreforts consolidant leur assise au sol (acomats, châtaigners). Les fougères arborescentes de ces forêts peuvent atteindre jusqu’à 15 m de hauteur.
Après 1000 m, la forêt humide est remplacée par des fourrés et savanes d’altitude (tourbières, mousses, broméliacées)

Randonnées :

Le Plateau Boucher, savane au milieu de la forêt tropicale, est le point de départ de nombreuses randonnées aux Pitons du Carbet. La Trace des Pitons, randonnée difficile de 5h30, s’étage de la forêt tropicale aux lichens des hauteurs.

D’autres randonnées comme la remontée de la rivière l’Alma, la randonnée Caplet (Morne Vert)- Fonds-Saint-Denis, le Morne Cesaire ou Verrier-Absalon permettent de découvrir cette région des Pitons :

Randonnée des bassins de la Rivière de l’Alma
6 km Aller-Retour – 3h Aller Retour – Dénivelé 375 m
Niveau 2 (randonneurs) – Risque de crues – Sentier non balisé.
Accès : Aire d’accueil de l’Alma après La Medaille.

Montjoly – Caplet par le Piton Lacoix et le Morne Piquet
5 km – 5h – Dénivelé 773 m en montée 719 m en descente
Niveau 3 (difficile) – Sentier ONF no 4.
Accès : Quartier Montjoly à Morne Vert.

Trace des Pitons – Piton de l’Alma et Piton Dumauzé
5,3 km – 5h30 – Deniv. 639 m montée et 685 m descente
Niveau 3 (difficile) – Accès difficile au sommet du Piton de l’Alma – Prévoir un guide – Sentier ONF no 8.
Accès : Village de Colson

Plateau Boucher – Morne Piquet par le Piton Boucher
6 km Aller-Retour – 4h30 Aller-Retour – Dénivellé 571 m
Niveau 3 (difficile) – Sentier ONF no 6.
Accès : Plateau Boucher.

Verrier – Absalon – Par le Morne Chapeau-Nègre
6 km – 4h – Dénivelé 271 m montée et 577 m descente
Niveau 3 (difficile) – Passage en crête difficile – Sentier ONF no 1.
Accès : Verrier lieu-dit Chapeau-Nègre

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Le rocher du Diamant

Classé dans : A visiter absolument en Madinina — CATORC Charles @ 16:12

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 Le rocher du Diamant, haut de 176 m, est un îlot volcanique inhabité situé dans la Mer des Caraïbes au sud-est de la Martinique, à 3 kilomètres environ de la pointe du Diamant dans le canal (ou détroit) de Sainte-Lucie. L’îlot doit son nom aux reflets de ses parois à certaines heures du jour qui évoquent ceux d’une pierre précieuse. Ce joyau est le paradis des plongeurs et des oiseaux.

Vestige de la forte activité volcanique qui a affecté cette région, voilà près d’un million d’années, cette île se présente comme un roc basaltique de 175 mètres de haut. Couvert de broussailles et de cactées, difficilement accessible, le rocher a pourtant joué un grand rôle durant les guerres napoléoniennes. Le Diamant occupait en effet une position stratégique au nord du détroit de Sainte-Lucie, permettant de contrôler la navigation entre la Martinique et sa voisine méridionale, Sainte-Lucie.

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Au début du XIXe siècle, la guerre faisant rage aux Antilles entre la France et l’Angleterre qui tentaient de s’assurer le contrôle de cet arc insulaire, les Britanniques décidérent d’occuper l’îlot. En janvier 1804, profitant de l’effet de surprise et aidé par des conditions météorologiques favorables, le contre-amiral Samuel Hood (à bord du HMS Centaure) s’empara du rocher du Diamant qu’il s’empressa de fortifier, installant cinq canons à son sommet (trois de 24 livres, deux de 18 livres).

Une garnison de plusieurs dizaines d’hommes (107 d’après certaines sources), placés sous les ordres du lieutenant Maurice, fut laissée sur place pour harceler la marine française. Les grottes servaient alors de dortoirs aux hommes (les officiers bénéficiant de tentes), pour pallier un ravitaillement incertain acheminé à l’aide de paniers hissés jusqu’au sommet grâce à des poulies et des cordes, un petit élevage de chèvres, de pintades et de poules se développa sur les maigres herbages du lieu.

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Position inexpugnable, le rocher se vit conférer par l’amirauté de Sa Gracieuse majesté le titre honorifique de navire de guerre et devint le HMS (Her Majesty’s Ship) Diamond Rock. Pendant dix-sept mois, les troupes françaises tentèrent de reconquérir en vain l’îlot, mais, en 1805, le gouverneur de l’île Villaret-de-Joyeuse, avec l’aide de l’amiral Villeneuve envoyé par Napoléon pour règler le problème, parvint à reprendre le Diamant aux Britanniques. La garnison, manquant de nourriture et d’eau (les citernes ayant été fissurées), se rendit aux forces françaises, le 2 juin 1805.

D’après l’état des lieux de la DIREN de Martinique, le rocher du Diamant est probablement le dernier refuge d’un reptile endémique de la Martinique, la couleuvre couresse (Liophis cursor). Comme les 47 autres îlets qui entourent la Martinique, le rocher du Diamant possède ses propres caractéristiques écologiques, bénéficiant par rapport à l’île principale d’un ensoleillement plus important, de précipitations moindres et d’une période de sécheresse saisonnière plus longue. Ces spécificités, auxquelles s’ajoute l’absence d’occupation humaine permanente, a donc permis au rocher d’être le sanctuaire d’une espèce que l’on croyait disparue.

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12 avril, 2009

Aimé Césaire, le Nègre Fondamental

Classé dans : Histoire de Madinina — CATORC Charles @ 12:07

Aimé Césaire, de son nom complet Aimé Fernand David Césaire, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe (Martinique) et mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France, est un poète et homme politique français. Il est l’un des fondateurs du mouvement littéraire de la négritude et un anticolonialiste résolu.

Aimé Césaire fait partie d’une famille de sept enfants ; son père était fonctionnaire et sa mère couturière. Son grand-père fut le premier enseignant noir en Martinique et sa grand-mère, contrairement à beaucoup de femmes de sa génération, savait lire et écrire ; elle enseigna très tôt à ses petits-enfants la lecture et l’écriture. De 1919 à 1924, Aimé Césaire fréquente l’école primaire de Basse-Pointe, où son père est contrôleur des contributions, puis obtient une bourse pour le lycée Victor Schoelcher à Fort-de-France. En septembre 1931, il arrive à Paris en tant que boursier du gouvernement français pour entrer en classe d’hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand où, dès le premier jour, il rencontre Léopold Sédar Senghor, avec qui il noue une amitié qui durera jusqu’à la mort de ce dernier.

Au contact des jeunes africains étudiant à Paris, Aimé Césaire et son ami guyanais Léon Gontran Damas, qu’il connaît depuis la Martinique, découvrent progressivement une part refoulée de leur identité, la composante africaine, victime de l’aliénation culturelle caractérisant les sociétés coloniales de Martinique et de Guyane.

En septembre 1934, Césaire fonde, avec d’autres étudiants antillo-guyanais et africains (parmi lesquels Léon Gontran Damas, le Guadeloupéen Guy Tirolien, les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop), le journal L’Étudiant noir. C’est dans les pages de cette revue qu’apparaîtra pour la première fois le terme de « Négritude ». Ce concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l’oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d’une part le projet français d’assimilation culturelle et à promouvoir l’Afrique et sa culture, dévalorisées par le racisme issu de l’idéologie colonialiste.

Construit contre l’idéologie coloniale française de l’époque, le projet de la Négritude est plus culturel que politique. Il s’agit, au delà d’une vision partisane et raciale du monde, d’un humanisme actif et concret, à destination de tous les opprimés de la planète. Césaire déclare en effet : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime ».

Ayant réussi en 1935 le concours d’entrée à l’École normale supérieure, Césaire passe l’été en Dalmatie chez son ami Petar Guberina et commence à y écrire le Cahier d’un retour au pays natal, qu’il achèvera en 1938. Il lit en 1936 la traduction de l’Histoire de la civilisation africaine de Frobenius. Il prépare sa sortie en 1938 de l’École normale supérieure avec un mémoire : Le Thème du Sud dans la littérature noire-américaine des USA. Épousant en 1937 une étudiante martiniquaise, Suzanne Roussi, Aimé Césaire, agrégé de lettres, rentre en Martinique en 1939, pour enseigner, tout comme son épouse, au lycée Schœlcher.

La situation martiniquaise à la fin des années 1930 est celle d’un pays en proie à une aliénation culturelle profonde, les élites privilégiant avant tout les références arrivant de la France, métropole coloniale. En matière de littérature, les rares ouvrages martiniquais de l’époque vont jusqu’à revêtir un exotisme de bon aloi, pastichant le regard extérieur manifeste dans les quelques livres français mentionnant la Martinique. Ce doudouisme, dont des auteurs tels que Mayotte Capécia sont les tenants, allait nettement alimenter les clichés frappant la population martiniquaise.

C’est en réaction à cette situation que le couple Césaire, épaulé par d’autres intellectuels martiniquais comme René Ménil, Georges Gratiant et Aristide Maugée, fonde en 1941 la revue Tropiques. Alors que la Seconde Guerre mondiale provoque le blocus de la Martinique par les États-Unis (qui ne font pas confiance au régime de collaboration de Vichy), les conditions de vie sur place se dégradent. Le régime instauré par l’Amiral Robert, envoyé spécial du gouvernement de Vichy, est répressif. Dans ce contexte, la censure vise directement la revue Tropiques, qui paraîtra, avec difficulté, jusqu’en 1943.

Le conflit mondial marque également le passage en Martinique du poète surréaliste André Breton (qui relate ses péripéties dans un bref ouvrage, Martinique, charmeuse de serpents). Breton découvre la poésie de Césaire à travers le Cahier d’un retour au pays natal et le rencontre en 1941. En 1943 il rédige la préface de l’édition bilingue du Cahier d’un retour au pays natal, publiée dans la revue Fontaine (n° 35) dirigée par Max-Pol Fouchet et en 1944 celle du recueil Les Armes miraculeuses, qui marque le ralliement de Césaire au surréalisme.

Surnommé « le nègre fondamental », il influencera des auteurs tels que Frantz Fanon, Édouard Glissant (qui ont été élèves de Césaire au lycée Schoelcher), le guadeloupéen Daniel Maximin et bien d’autres. Sa pensée et sa poésie ont également nettement marqué les intellectuels africains et noirs américains en lutte contre la colonisation et l’acculturation.

En 1945, Aimé Césaire, coopté par les élites communistes qui voient en lui le symbole d’un renouveau, est élu maire de Fort-de-France. Dans la foulée, il est également élu député, mandat qu’il conservera sans interruption jusqu’en 1993. Son mandat, compte tenu de la situation économique et sociale d’une Martinique exsangue après des années de blocus et l’effondrement de l’industrie sucrière, est d’obtenir la départementalisation de la Martinique en 1946.

Il s’agit là d’une revendication qui remonte aux dernières années du XIXe siècle et qui avait pris corps en 1935, année du tricentenaire du rattachement de la Martinique à la France par Belain d’Esnambuc. Peu comprise par de nombreux mouvements de gauche en Martinique déjà proches de l’indépendantisme, à contre-courant des mouvements de libération survenant déjà en Indochine, en Inde ou au Maghreb, cette mesure vise, selon Césaire, à lutter contre l’emprise béké sur la politique martiniquaise, son clientélisme, sa corruption et le conservatisme structurel qui s’y attache. C’est, selon Césaire, par mesure d’assainissement, de modernisation, et pour permettre le développement économique et social de la Martinique, que le jeune député prend cette décision.

En 1947 Césaire crée avec Alioune Diop la revue Présence africaine. En 1948 paraît l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache, préfacée par Jean-Paul Sartre, qui consacre le mouvement de la « négritude ».

En 1950, il publie Discours sur le colonialisme, où il met en exergue l’étroite parenté qu’il existe selon lui entre nazisme et colonialisme. Il y écrit entre autres choses :

« Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les arabes d’Algérie, les colonies de l’Inde et les nègres d’Afrique [...] »

S’opposant au Parti communiste français sur la question de la déstalinisation, Aimé Césaire quitte le PC en 1956, s’inscrit au Parti du regroupement africain et des fédéralistes, puis fonde deux ans plus tard le Parti progressiste martiniquais (PPM), au sein duquel il va revendiquer l’autonomie de la Martinique. Il siège à l’Assemblée nationale comme non inscrit de 1958 à 1978, puis comme apparenté socialiste de 1978 à 1993.

Aimé Césaire restera maire de Fort-de-France jusqu’en 2001. Le développement de la capitale de la Martinique depuis la Seconde Guerre Mondiale est caractérisé par un exode rural massif, provoqué par le déclin de l’industrie sucrière et l’explosion démographique créée par l’amélioration des conditions sanitaires de la population. L’émergence de quartiers populaires constituant une base électorale stable pour le PPM, et la création d’emplois pléthoriques à la mairie de Fort-de-France furent les solutions trouvées pour parer à court terme aux urgences sociales de l’époque.

La politique culturelle d’Aimé Césaire est incarnée par sa volonté de mettre la culture à la portée du peuple et de valoriser les artistes du terroir. Elle est marquée par la mise en place des premiers festivals annuels de Fort-de-France en 1972, avec la collaboration de Jean-Marie Serreau et Yvan Labéjof, puis la mise en place d’une structure culturelle permanente grâce à l’installation au Parc Floral de Fort-de-France et dans les quartiers, pour la première fois en Martinique d’une équipe professionnelle autour de Yves Marie Séraline missionné pour cette tâche, à partir de août 1974. En 1976, à partir des fondations de l’équipe de l’office de la culture provisoire, ce sera la création officielle du Service Municipal d’Action Culturelle (SERMAC) dirigé par Jean-Paul Césaire, qui par le biais d’ateliers d’arts populaires (danse, artisanat, musique) et du prestigieux Festival de Fort-de-France, met en avant des parts jusqu’alors méprisées de la culture martiniquaise. Le Sermac est dirigé depuis quelques années par Lydie Bétis.

Son Discours du colonialisme fut pour la première fois au programme du baccalauréat littéraire français en 1994, avec le Cahier d’un retour au pays natal.

Aimé Césaire s’est retiré de la vie politique (et notamment de la mairie de Fort-de-France en 2001, au profit de Serge Letchimy), mais reste un personnage incontournable de l’histoire martiniquaise jusqu’à sa mort. Après le décès de son camarade Senghor, il est resté l’un des derniers fondateurs de la pensée négritudiste.

Jusqu’à sa mort, Aimé Césaire a toujours été sollicité et influent. On notera sa réaction à la loi française du 23 février 2005 sur les aspects positifs de la colonisation qu’il faudrait évoquer dans les programmes scolaires, loi dont il dénonce la lettre et l’esprit et qui l’amène à refuser de recevoir Nicolas Sarkozy. En mars 2006, Aimé Césaire revient sur sa décision et reçoit Nicolas Sarkozy puisque l’un des articles les plus controversés de la loi du 23 février 2005 a été abrogé. Il commente ainsi sa rencontre : « C’est un homme nouveau. On sent en lui une force, une volonté, des idées. C’est sur cette base-là que nous le jugerons. »

Durant la campagne de l’élection présidentielle française de 2007, il soutient activement Ségolène Royal, en l’accompagnant lors du dernier rassemblement de sa vie publique. « Vous nous apportez la confiance et permettez-moi de vous dire aussi l’espérance».

Rétrospectivement, le cheminement politique d’Aimé Césaire apparaît étrangement contourné, en contraste avec la pensée de la négritude qu’il a développée par ailleurs. Tour à tour assimilationniste (départementaliste), indépendantiste et autonomiste (sans que l’on sache précisément ce qu’il entendait par là), Césaire semble avoir été davantage à la remorque des initiatives prises par les gouvernements métropolitains (en matière de décentralisation tout particulièrement) qu’un élément moteur de l’émancipation de son peuple. Il restera sans doute dans les mémoires comme le « nègre fondamental » et comme l’un des plus grands poètes en langue française du XXe siècle, peut-être le plus grand, mais non comme un chef politique ayant véritablement influencé son époque.

Le 9 avril 2008, il est hospitalisé au CHU Pierre Zobda Quitman de Fort-de-France pour des problèmes cardiaques. Son état de santé s’y aggrave et il décède le 17 avril 2008 au matin.

Dès l’annonce de sa mort, de nombreuses personnalités politiques et littéraires lui ont rendu hommage comme le président de la République française Nicolas Sarkozy, l’ancien président sénégalais Abdou Diouf ou l’écrivain René Depestre.

Reprenant une initiative de l’écrivain Claude Ribbe, Ségolène Royal, appuyée par d’autres élus, a demandé son entrée au Panthéon et une pétition a été mise en ligne pour qu’il soit inhumé au Panthéon le 10 mai 2008.

Des obsèques nationales lui ont été rendues le 20 avril 2008 à Fort-de-France, en présence du chef de l’État. Un grand discours a été prononcé par Pierre Aliker, son ancien premier adjoint à la mairie de Fort-de-France, âgé de 101 ans. Le président de la République n’a pas donné de discours mais s’est incliné devant la dépouille, devant plusieurs milliers de personnes réunies au stade de Dillon. Il est inhumé au cimetière La Joyaux près de Fort-de-France. Sur sa tombe sont inscrits des mots choisis par Aimé Césaire lui-même et extraits de son Calendrier lagunaire :

« La pression atmosphérique ou plutôt l’historique

Agrandit démesurément mes maux

Même si elle rend somptueux certains de mes mots »

Parcours politique

  • De 1945 à 2001 : maire de Fort-de-France (durant 56 ans)

  • De 1945 à 1993 : député de la Martinique (durant 48 ans)

  • De 1983 à 1986 : président du Conseil régional de Martinique

  • De 1945 à 1949 et 1955 à 1970 : conseiller général de Fort-de-France

Qu’est-ce que la culture créole ?

Classé dans : La Culture de Madinina — CATORC Charles @ 11:22

Conférence prononcée par R. Confiant*, le vendredi 7 mai 2004,
au siège de la DEE-Martinique, devant les nouveaux cadres mutés à la Martinique
 

 

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs,

C’est avec grand plaisir que j’ai accepté l’offre de la DDE-Martinique de venir participer à l’accueil des nouveaux arrivants dans votre maison, qu’ils soient d’origine martiniquaise ou métropolitaine. A tous, je vous dis: bienvenue  Laissé libre du choix de mon sujet, j’ai décidé de vous parler aujourd’hui de la langue et de la culture créoles car je ne doute pas que ceux d’entre vous qui arrivent ici pour la toute première fois, n’ont pas manqué de remarquer qu’on y parle une autre langue à côté du français, à savoir le créole, et que les habitants de ce pays possèdent une manière de se déplacer, de bouger, de rire, de manger etc…qui est particulière et que l’on appelle la culture créole. Vous remarquerez d’emblée que je n’ai pas dit culture martiniquaise mais bien culture créole. Pourquoi? Eh bien parce que s’il est vrai qu’il existe bel et bien une spécificité martiniquaise, cette dernière s’inscrit dans un ensemble plus vaste qui comprend toutes les îles créolophones de l’archipel des Antilles (Sainte-Lucie, Dominique, Haïti, Guadeloupe) ainsi que deux territoires continentaux, la Louisiane en Amérique du Nord et la Guyane en Amérique du Sud. Il existe aussi des poches de créole à Cuba, à Saint-Domingue, à Sainte-Croix, au Vénézuéla et à Trinidad. En effet, au 19è siècle, la langue créole fut la lingua franca de la Caraïbe et était parlée par plusieurs millions de personnes. Aujourd’hui, pour la Caraïbe, on évalue ce chiffre à environ 9 millions de personnes.

Mais qu’est-ce que le créole, vous demanderez-vous? Est-ce un patois, un jargon, un dialecte, une langue ? D’où vient-il? Comment s’est-il développé? A-t-il un avenir dans le monde qui s’annonce, marqué par la globalisation? C’est à toutes ces questions que je vais m’atteler à répondre devant vous aujourd’hui. J’ai le redoutable honneur de parler après Aimé Césaire, qui, l’an dernier, se trouvait à la même place, et qui est l’un des plus grands poètes de notre temps. Je vous en reparlerai plus avant!

Avant toute chose, je crois qu’il importe de définir le mot créole et de dissiper un certain nombre d’ambiguïtés entretenues par la plupart des dictionnaires français jusqu’à la fin des années 1980. Le mot «créole» provient du latin creare qui, comme vous le savez sans doute, a signifié«créer». Ce mot est d’abord apparu en espagnol et en portugais puisque les Espagnols et les Portugais furent, à partir de 1492, les grands découvreurs et colonisateurs du Nouveau-Monde. Ainsi donc le mot espagnol «criollo» et le mot portugais «criolho» ont été forgés au départ pour désigner les fils des colonisateurs nés sur place, né aux Amériques, que ces fils soient issus de femmes blanches, de femmes amérindiennes ou de femmes africaines. Il désignait donc les descendants des colons espagnols et les enfants métis de ces derniers par opposition à ces mêmes colons nés en Europe, aux populations autochtones (amérindiennes donc) et aux Noirs nés en Afrique. On avait donc trois types de population aux 15è et 16è siècles :

  • d’un côté les Amérindiens.

  • de l’autre les colonisateurs européens et leurs esclaves africains.

  • enfin les Blancs, les Noirs, les métis de Blanc, de Noirs ou d’Amérindiens nés en Amériques. C’est à ces derniers qui allaient très vite devenir majoritaires tant dans les Antilles qu’en Amérique du Sud que la dénomination de «créoles» a été réservée.

La définition est donc très claire: «Créole» signifie tout simplement «né et élevé en Amérique de parents partiellement ou totalement étrangers». A aucun moment, il n’a signifié «Blanc de pure race née aux Antilles françaises» comme l’affirma longtemps le dictionnaire Larousse par exemple. D’abord, parce que les Blancs de «pure race», en supposant que cette expression ait la moindre réalité scientifique, ne furent pas très nombreux pour la bonne et simple raison que très longtemps, seuls les hommes émigraient aux Amériques. Il était très difficile à des femmes européennes d’entreprendre un voyage aussi risqué, aussi aventureux, qui pouvait durer entre un mois et demi et deux mois selon les vents ou l’état des bateaux. Les colons européens furent donc bien obligés de s’allier à des femmes autochtones, puis à des femmes africaines, donnant naissance à ce formidable métissage qui caractérise aujourd’hui les Antilles et l’Amérique du sud.

Mais le terme «créole» ne désigne pas seulement des êtres humains: il n’est pas anthropocentrique puisque très vite, il va être utilisé pour des animaux, des plantes et des choses (matérielles ou immatérielles). Autrement dit, le mot «créole» touchera tous les ordres du réel, le vivant comme l’inerte, et désignera, exactement comme pour les humains, l’adaptation dans le nouveau monde d’animaux, de plantes ou de choses qui n’en étaient pas originaires. On aura ainsi la canne créole (venue d’Asie), la banane créole (venue d’Afrique), le cochon créole, la vache créole , la cuisine créole, la musique créole etc…Ce processus d’adaptation au Nouveau-Monde d’êtres humains, d’animaux, de plantes et de choses est appelé processus de créolisation. C’est un processus qui a commencé depuis 1492 et qui se continue aujourd’hui, sous des formes diverses, de manière ininterrompue.

Mais venons – en processus de créolisation en terre française! Je vous rappelle que les Français arrivent très tardivement aux Antilles, en 1625 très exactement, à l’île de Saint-Christophe, appelée aujourd’hui Saint-Kitts, île située au Nord de la Guadeloupe. Les Anglais d’ailleurs y arriveront à la même date et au même endroit, suivis un peu plus tard par les Hollandais, les Danois et les Suédois. Que se passe-t-il donc entre 1492, moment où Christophe Colomb pose le pied en Amérique et 1625? Que se passe-t-il pendant ces quelques 130 années? Eh bien l’Amérique est partagée, par décision papale, entre les seuls Espagnols et Portugais et les autres puissances européennes de l’époque ont interdiction formelle de s’y installer. Comment donc Français, Anglais et Hollandais ont-ils finalement réussi à trouver une petite brèche et à y poser le pied? Là, il faut revenir un peu en arrière et savoir qu’avant Colomb l’archipel était habité par deux peuples apparentés mais différents, tous deux venus du plateau des Guyanes. L’un dit «Arawak» ou «Taino» venu environ six siècles avant Colomb et qui a essaimé de Trinidad à Cuba; l’autre dit «Caraïbe» venu un siècle avant Colomb et qui a suivi le même parcours, parcours brusquement interrompu à Puerto-Rico par l’arrivée justement des conquistadors espagnols. Les Espagnols avaient bien essayé de soumettre les Caraïbes mais ils avaient échoué. Ce peuple formé de guerriers intrépides avait inventé la guerre de guérilla qui désarçonnait les Espagnols et jamais ces derniers ne réussirent à coloniser les Petites Antilles c’est-à-dire toutes les îles qui se situent après Puerto-Rico, disons des îles Vierges jusqu’à Trinidad en passant par la Guadeloupe, la Dominique, La Martinique, Sainte-Lucie, Saint-Vincent, Grenade etc… C’est la raison pour laquelle on ne parle espagnol dans aucune de ces îles.

Mais résister aussi longtemps à des gens aussi puissants que les Espagnols finit par fragiliser les Caraïbes, ce dont profitèrent les Français, les Anglais et les Hollandais pour leur proposer des traités d’alliance contre leur ennemi commun espagnol. Mal leur en prit! En effet, par cette brèche enfin ouverte, Français, Anglais et Hollandais vont coloniser les Petites Antilles, massacrant jusqu’au dernier les Caraïbes, exactement comme les Espagnols l’avaient fait à l’encontre de leurs cousins des Grandes Antilles, les Tainos. Et c’est pourquoi dans les Petites Antilles, on parle français, anglais, hollandais ainsi que deux types de créole : les créoles à base lexicale anglaise et le papiamento, fait, lui, d’espagnol et de hollandais sur fond de langues africaines.

Les Français, après Saint-Christophe en 1625, vont donc s’installer en 1635 en Guadeloupe et en Martinique, puis plus tard à Sainte-Lucie et à Grenade. Mais qui s’installe aux Antilles? Quel genre de Français? Quelles langues parlent-ils? Eh bien, vous le savez sans doute, le français que je parle devant vous aujourd’hui n’existait pas au 17è siècle. A cette époque, la France était divisée en deux grandes zones linguistiques: la zone d’oïl au Nord et la zone d’oc au Sud. Dans chacune de ces zones, chaque province parlait son propre dialecte. Dans la zone d’oïl, on trouvait le normand, le poitevin, le picard, le saintongeais etc…; dans la zone d’oc, le béarnais, le gascon, le provençal etc… Ce qui deviendra peu à peu le français sera formé à partir du dialecte de l’Ile-de-France, le francien, par des écrivains et des gens de cour. La cour se situant à Paris, cette langue construite par les lettrés sera imposée au reste du royaume mais le succès de cette opération prendra des siècles et des siècles. Songez seulement qu’en 1789, par exemple, au moment où éclate la Révolution française, seulement 1/3 des Français parlent le français! Songez qu’en 1850, le petit peuple de Marseille parle exclusivement le provençal! Songez aussi que lors de la guerre de 14-18, les troupes bretonnes allaient souvent au feu sans comprendre les ordres de leurs officiers français parce qu’à l’époque 90% de la Bretagne était bretonnante! La France n’est donc devenue réellement, entièrement francophone qu’après la deuxième guerre mondiale. C’était hier! C’est tout récent.

Donc au 17è siècle, les colons débarquent aux Antilles et parlent surtout normand mais aussi poitevin, picard, saintongeais etc…Ils proviennent presque tous des provinces du Nord-Ouest de la France, très peu de la zone d’oc, du sud donc. Ils débarquent et ils n’ont pas une langue unifiée, standardisée qu’ils pourraient facilement imposer aux Caraïbes et aux esclaves africains. D’ailleurs, la majeure partie des colons, hormis quelques cadets de famille, est constituée de colons illettrés à une époque où on est encore loin de l’école gratuite et obligatoire. Très significativement, c’est l’année même où les Français débarquent à la Martinique et à la Guadeloupe que le cardinal Richelieu, alors premier ministre, décide de créer l’Académie française, essentiellement pour mettre fin à l’anarchie orthographique régnante et pour composer un dictionnaire du français. Donc imaginez-vous les 50 premières années de la colonisation des Antilles, entre 1625 et 1670/80 et l’espèce de cacophonie linguistique qui devait régner dans nos îles. Les Espagnols, eux, n’ont pas eu ce problème – et c’est sans doute pourquoi il n’y a pas eu de créole à base lexicale espagnol (hormis le «palenquero» en Colombie) – car durant les trente premières années de la colonisation, seuls les Castillans étaient autorisés à émigrer en Amérique. Les Catalans, les Andalous, les Basques ou les Galiciens étaient interdits de Nouveau-Monde et cela y a sans doute favorisé l’implantation de la langue espagnole. Le français, lui, ne pouvait pas s’imposer aux Antilles, au 17è siècle, puisqu’il…n’existait pas encore.

Les colons français du 17è siècle ne disposaient donc pas d’une langue unifiée qu’ils pouvaient facilement imposer aux Amérindiens et aux esclaves noirs. D’où l’apparition d’abord d’un sabir (sorte de langage tronqué permettant la communication sommaire entre gens ne parlant pas la même langue) appelé baragouin qui fut utilisé comme médium de communication entre Caraïbes et Français. Certains linguistes affirment que le baragouin aurait posé les bases du créole. Puis, dans un second temps, mais là très vite, en à peine 50 ans, d’une nouvelle langue, le créole, née du contact entre Amérindiens, Blancs et surtout Noirs d’Afrique.

Cette langue est d’emblée la langue maternelle des premiers enfants créoles, c’est-à-dire nés sur place, qu’ils soient blancs ou noirs. Donc quand on lit dans certains dictionnaires français que le créole est un «patois parlé par les Noirs des Antilles françaises», il s’agit purement et simplement d’une ânerie. Le créole fut dès le départ la langue des Noirs et des Blancs nés aux Antilles. Et jamais les Blancs, même quand ils se sont incroyablement enrichis grâce au commerce du sucre de canne à partir de 1670-80, devenant du même coup des «Békés», n’ont cessé de parler créole tout au long des trois siècles et demi d’histoire antillaise. Jamais! Même quand ils ont promulgué le tristement célèbre «Code Noir» en 1685, qui établit une sorte d’apartheid avant la lettre entre les deux races, ils n’ont pas pour autant cessé de l’utiliser. Il faut dire – et là j’en viens à la culture créole – que la plantation de canne à sucre (dite «habitation» dans les territoires français) fut le creuset, la matrice même de la culture créole et qu’en même temps que la langue apparurent progressivement une cuisine créole, une musique créole, une pharmacopée créole, une architecture créole etc…

La langue créole n’est que la colonne vertébrale d’une culture construite et partagée par Blancs et Noirs, cela jusqu’à aujourd’hui. Par exemple, dans la musique créole, on trouve le «bel-air» qui est d’origine africaine et le quadrille ou la mazurka créole qui sont d’origine européenne. Dans les contes créoles, on trouve les contes de Compère Lapin d’origine africaine et la geste de Ti Jean L’horizon d’origine française etc… Ce qui va se passer, hélas, c’est que les Békés, une fois enrichis et devenus des latifundiaires, vont renier cette langue et cette culture qu’ils contribuèrent à créer en la rejetant dans la nègrerie. Toutefois, ce ne fut qu’une posture idéologique qui était tous les jours contredite au sein de l’habitation cannière où Blancs, Noirs et Mulâtres (et Hindous et Chinois après l’abolition de l’esclavage en 1848) étaient bel et bien obligés de travailler ensemble. Qu’on ne voit nul eucuménisme dans cette approche! L’esclavage a régné férocement dans cette île et durant deux siècles et demi les Noirs y furent traités moins que des bêtes de somme. Sur les actes de vente des propriétés, les Nègres étaient placés en fin d’inventaire après le bétail et les meubles!

La langue et la culture créole se sont donc construites dans la violence, dans la douleur et le déni d’humanité mais elles témoignent, qu’on le veuille ou non, du compris (et parfois de la compromission) tri-séculaire entre Noirs, Blancs, Mulâtres, Hindous, Chinois et Syro-Libanais. Ici, pendant trois siècles, le racisme et le rejet de tout ce qui était noir ou africain furent institutionnalisés. Il ne faut jamais oublier cela! Cela explique bien des attitudes que certains d’entre vous qui viennent pour la première fois aux Antilles pourront juger aberrantes, notamment un souci excessif de la couleur d’autrui ou un besoin de ressembler au Blanc en se défrisant systématiquement les cheveux par exemple. Le psychiatre martiniquais Frantz Fanon a très bien expliqué tout cela dans son livre «Peau noire, masques blancs».

Je disais donc que les Békés renièrent la langue et la culture créoles à la fin du 17è siècle. Eh bien au 19è siècle, ce fut au tour des Mulâtres d’adopter la même attitude. Les Mulâtres sont les fils des hommes blancs avec leurs esclaves noirs, jamais l’inverse. Ce sont le fruit de la subornation, de l’intimidation et souvent du viol. Mais, peu à peu, ce groupe a réussi à se constituer en groupe autonome, ni vraiment esclave ni vraiment libre, les fameux «hommes de couleur libres», et une fois qu’ils eurent acquis quelques droits, ils s’empressèrent de rejeter la langue et la culture de leurs mères au profit de celle de leurs pères. Le groupe mulâtre fut celui – surtout à partir de la fin du 19è siècle – qui dénigra avec le plus de constance le créole et sa culture, survalorisant, déifiant, idolâtrant la langue et la culture françaises. A leur yeux, ne pas savoir parler français revenait à être un non-civilisé, un barbare, un nègre africain. A leur tour, les Mulâtres s’exercèrent au racisme anti-nègre, oubliant qu’ainsi ils rejetaient la moitié d’eux-mêmes. Ensuite lorsqu’au début du XXè siècle, on vit apparaître une petite-bourgeoisie noire, celle-ci rejeta à son tour le créole et la culture créole. Enfin vers le milieu du XXe siècle, Hindous, Chinois et Syro-Libanais en firent de même. Ce qui me fait dire que le créole fut une langue quatre fois reniée par ses propres géniteurs en trois siècles et demi d’existence, une langue quatre fois orpheline. C’est donc un véritable miracle qu’elle ait pu survivre jusqu’en ce début du XXIè siècle!

Mais venons-en au fait! Le créole est-il un patois, un jargon, un dialecte ou une vraie langue, une langue à part entière? Je dois vous dire d’entrée de jeu que bizarrement, une langue ne se définit absolument pas du point de vue linguistique! C’est curieux, c’est étrange, eh oui!, mais c’est comme ça. Une langue se définit politiquement. Avant d’en venir au créole, je prendrai un exemple récent dont les métropolitains ici présents ont dû avoir entendu parler. Tant que la Tchécoslovaquie était un état unitaire, il n’y avait qu’une langue, une seule: le tchèque. Il a suffi que la partie slovaque demande et obtienne son indépendance pour qu’aussitôt, on voit apparaître une langue slovaque! Pourtant quelque chose a-t-il changé du point de vue linguistique depuis la partition? Non! Les films tchèques ne sont pas sous-titrés en slovaque dans les salles de cinéma de Bratislava. Les romans tchèques ne sont pas traduits en slovaque et quand un Tchèque et un Slovaque discutent, ils n’ont pas besoin d’interprète.

On peut prendre aussi l’exemple de l’ex-Yougoslavie. Tant qu’elle était unie, on y parlait une seule langue: le serbo-croate. A l’INALCO, on enseignait le serbo-croate. Il a suffi que Serbes, Croates et Bosniaques se séparent pour que soudainement, on commence à parler de trois langues différentes.   Pourtant, du point de vue linguistique, tout comme pour les Tchèques et les Slovaques, rien n’a changé.

Donc, oui, le créole est bel et bien une langue. C’est une langue à part entière car pendant trois siècles, elle a satisfait sans problèmes aux besoins communicatifs de notre société. A tous ses besoins communicatifs puisque cette société était presque entièrement centrée sur l’Habitation. Un grand linguiste, Roman Jakobson a cette formule très éclairante à propos des langues. Il dit à peu près ceci «Les langues diffèrent moins par ce qu’elles peuvent dire que par ce qu’elles doivent dire.» Bon, c’est vrai que le pouvoir central était français, que la langue officielle était le français et que, comme je vous l’ai expliqué, dès qu’une ethno-classe grimpait d’un cran sur l’échelle sociale martiniquaise, la première chose qu’elle s’empressait de faire, c’était de jeter par-dessus bord le créole et sa culture. Donc, tout dépend du point de vue auquel on se place: du point de vue politique, c’est vrai que le «créole» est un patois – ou plutôt se trouve en situation patoisante – , mais c’est aussi vrai que du point de vue linguistique, il s’agit bel et bien d’une langue. Le créole n’a aucun pouvoir politique qui le soutienne, aucune académie officielle, pas d’orthographe officiellement reconnue, mais du jour où comme c’est le cas en Haïti, il sera officiellement reconnu, eh bien il sera une langue comme les autres. Voilà pour «langue» et «patois»!

Venons-en à «jargon» et «dialecte»! On ira vite: un jargon est un langage de métiers (par exemple «le jargon des informaticiens») ou d’un groupe particulier au sein d’une société dont par ailleurs il connaît et parle parfaitement la langue. Un «dialecte» est une variété de langue: en français, on a le wallon, le québécois, l’ex-pataouette (ou français des «Pieds-Noirs» d’Algérie), le français méridional etc…qui sont des dialectes d’une seule et même langue, le français standard.

Donc, oui, le créole martiniquais est un dialecte d’une macro-langue créole, comme le sont le créole guadeloupéen, saint-lucien ou haïtien. Peu importe que cette macro-langue soit virtuelle, ce qui importe, c’est qu’il y a une très large intercompréhension entre Martiniquais, Guadeloupéens, Saint-Luciens, Haïtiens etc…A l’inverse, il n’y a pas d’intercompréhension entre un Français, un Portugais et un Italien, même si, au départ, lors de l’effondrement du latin, leurs langues n’étaient que des dialectes du latin. De dialectes du latin, leurs langues sont devenues, au fil du temps, des langues très différentes. En effet, il faut voir les choses de manière dynamique car les langues ne vivent pas en vase clos: elle subissent le poids des contraintes politiques, historiques, économiques etc…Pour l’instant, les créoles sont des dialectes d’un macro-créole virtuel mais rien ne dit que dans 50 ans, les choses resteront en l’état. Il est tout à fait possible qu’à terme le créole saint-lucien et le créole martiniquais ne soient plus intercompréhensibles et deviennent non plus des dialectes d’une même langue, mais des langues apparentées certes mais très différentes et surtout non intercompréhensibles comme le sont aujourd’hui le français et le portugais. C’est tout à fait possible!

Abordons maintenant l’avenir du créole! Disons d’abord qu’une langue qui ne s’équipe pas, c’est-à-dire qui ne passe pas la barrière de l’écrit, dans laquelle on n’écrit ni livres ni journaux, qui ne s’enseigne ni à l’école ni à l’université, est une langue condamnée à terme. La galaxie MacLuhan ne signe pas, comme on le croit à tort, la fin de la galaxie Gutenberg. Au contraire: l’écrit se démultiplie en se virtualisant, en se dématérialisant. Le courriel va mille fois plus vite que le courrier! Le texte sur Internet se communique cent fois plus vite que par le livre! L’écrit devient encore plus omniprésent aujourd’hui qu’au temps où nous vivions dans la galaxie Gutenberg. Donc pour survivre, le créole doit absolument devenir une langue écrite. Sur du papier certes, mais surtout sur Internet. Ici, je dois démonter une contre-vérité: le créole s’écrit depuis 2 siècles et demi. La langue s’est constituée en 50 ans à peine, au 17è siècle. Eh bien dès le milieu du 18è siècle, soit à peine un siècle plus tard, il y avait déjà des textes à vocation littéraire en créole. Le tout premier date de 1754. C’est un poème d’amour dû à la plume d’un Blanc créole de Saint-Domingue, Duvivier de la Mahautière. Il s’appelle «Lisette quitté la plaine». Le nom à particule de son auteur vous renseigne sur son origine: il s’agit d’un Blanc créole, d’un Béké. Eh oui, les Békés, bien qu’ayant renié le créole par posture idéologique, furent les tout premiers à écrire dans ce qu’ils qualifiaient de «patois de nègres». Ce sont encore des Békés qui, au 19è siècle, ont lancé la tradition des fables de La Fontaine traduites en créole: François Marbot à la Martinique en 1846, Paul Baudot en Guadeloupe en 1860, Alfred de Saint-Quentin en Guyane en 1873 etc… Le premier roman en créole date, lui, de 1885. Il a pour titre Alfred Parépou, un Mulâtre Guyanais.

Bref, on a régulièrement écrit et publié en créole depuis deux siècles. Pourquoi donc, vous demanderez-vous, ai-je posé la question du passage du créole à l’écrit comme une nécessité urgente? Eh bien tout simplement parce qu’il ne suffit pas de coucher une langue sur du papier pour qu’elle devienne automatiquement une langue écrite. La logique de l’oral est très différente de la logique de l’écrit, ne serait-ce que parce qu’à l’oral, on est en présence (ou en contact, si c’est au téléphone) de son interlocuteur et qu’on peut à tout moment lui demander de désambiguïser son propos tandis qu’à l’écrit, scripteur et lecteur ne sont pas en contact direct. Ainsi donc, sur le créole a toujours pesé la chape de plomb de l’oralité et les écrits créoles ont toujours été minorés, voire ignorés, parce que le français avait le monopole de l’écrit. L’écrit créole a toujours été un écrit ludique, secondaire, mal diffusé, et les auteurs créolophones n’ont jamais pris conscience jusqu’à tout récemment de la nécessité de construire une langue créole écrite

Beaucoup se sont contentés de reproduire soit du créole oral soit du créole mâtiné de français. C’est pourquoi, à l’Université des Antilles et de la Guyane, le GEREC-F (Groupe d’Etudes et de Recherches en Espace Créole et Francophone), sous la houlette du professeur Jean Bernabé, l’un des plus éminents créolistes mondiaux, s’est attelé non seulement à équiper la langue mais aussi à construire ce fameux créole écrit, cela depuis 1973, c’est-à-dire un peu plus de trente ans. Jean Bernabé a été le premier, aux Petites Antilles et en Guyane, à proposer un système graphique autonome pour le créole, un système en rupture avec la graphie étymologique qui régnait depuis deux siècles. En effet, tant que les scripteurs du créole ne considéraient pas le créole comme une vraie langue mais comme un patois du français ou un dialecte, il n’y avait aucune raison de le doter d’une graphie propre. On écrivait alors le mot créole selon l’origine française de ce mot en cherchant à respecter au mieux l’orthographe, déjà si compliquée du français. Cette graphie étymologique avait de nombreux désavantages: d’abord, elle supposait qu’il fallait au préalable savoir écrire le français pour pouvoir écrire le créole; ensuite elle était incapables de prendre en charge les mots d’origine caraïbe, africaine ou indienne. Comment écrire, en effet, «watalibi», qui désigne une variété de poisson en langue caraïbe puisque cette dernière ne s’écrivait pas? Comment écrire l’africain «soukougnan», qui désigne un sorcier volant, ou encore le tamoul «matalon» qui désigne un tambour rituel? Il fallait créer une graphie autonome pour le créole, une graphie phonético-phonologique et c’est ce que Jean Bernabé a fait. Il a aussi rédigé plusieurs grammaires très importantes. Quant à moi, j’ai écrit cinq livres entièrement en créole entre 1979 et 1987 dont trois romans.

A côté de cela, le GEREC-F mit sur pied divers diplômes de créole pendant ces vingt dernières années, tout cela aboutissant il y a sept ans à la création d’une Licence et d’une Maîtrise de créole à la Faculté des Lettres de l’Université des Antilles et de la Guyane. Le GEREC-F fut aussi à la pointe du combat pour la création du CAPES de créole lequel permet de recruter des enseignants de créole pour le secondaire. Alors, bien évidemment, tout cet énorme labeur de trente et quelques années, ne s’est pas fait sans mal. Notre route a été semée d’embûches de toutes sortes: il nous a d’abord fallu lutter comme la tradition jacobine et centralisatrice de l’état français; ensuite contre les créolophobes martiniquais, tous ceux qui, comme je vous l’ai expliqué, ont renié la langue et la culture créole; contre les faux créolophiles surtout, tous ces gens qui utilisent le créole comme un fromage pour faire des carrières universitaires par exemple mais qui se fichent royalement de son devenir.

En fait, et là, j’amorce ma conclusion, le problème est aussi plus global. Avec la scolarisation massive des jeunes martiniquais, la diffusion de la radio et de la télévision, la facilité des allées et venues entre la Martinique et l’Hexagone etc…eh bien, notre société a subi, au tournant des années 70, une sorte de mutation linguistique. Le créole qui était jusque là la première langue, la langue maternelle de l’écrasante majorité de la population s’est brutalement retrouvée placée au deuxième rang. C’est le français qui est devenu la langue maternelle des générations qui sont nées à partir de 1970 et cela a déjà des conséquences dramatiques sur l’évolution du créole. Ces jeunes locuteurs sont incapables de porter des jugements de grammaticalité simples à propos d’une phrase créole. Par exemple, n’importe quel Français de l’Hexagone, qu’il soit énarque ou boulanger, vous dira que la phrase suivante: «L’argent auquel mon frère m’a donné» n’est pas grammaticalement correcte. Par contre, les jeunes Martiniquais sont devenus incapables de distinguer le charabia du créole et une phrase comme «lé kadav dé chien ka pit sur l’autoroute» leur paraîtra tout à fait normale. Loin de moi l’idée de jeter la pierre sur la jeunesse!

En fait, ma génération – que j’appelle la génération intermédiaire entre celle des vrais créolophones et celle des jeunes francophones – ma génération donc porte une lourde responsabilité dans cette lente, et apparemment inexorable dégradation de la langue créole. En effet, lorsqu’en 1981, la Gauche a libéré les ondes et que les radio-libres ont fleuri, on a vu apparaître des radios entièrement créolophones. De prime abord, cela pouvait apparaître comme un plus pour le créole puisque jusque-là la langue créole était confinée aux chansons folkloriques, mais ce fut une catastrophe, une vraie catastrophe. Et je pèse mes mots! Des journalistes non formés en créole, ignorant les données les plus élémentaires de la créolistique, se sont mis à diffuser sur les ondes un créole mélangé de français, tartiné de français, un créole qui ne ressemble plus à rien sinon à du «petit-nègre», faisant ainsi plus de tort que de bien à la langue qu’ils s’imaginaient, sincèrement sans doute, promotionner. En fait, ils n’avaient pas vu que l’oral de la radio et de la télévision est un faux oral, que c’est davantage de l’écrit oralisé que de l’oral spontané. Les journalistes lisent leur papier ou leur prompteur, ils n’improvisent pas! En créole, tout un chacun s’est cru libre d’improviser et on a abouti à l’inverse du résultat recherché. D’ailleurs, personnellement, je n’écoute plus ces radios pseudo-créolophones tellement ça me fait mal d’entendre le charabia qu’elles diffusent à longueur d’antenne.

Chers amis, nous voici presque arrivés au terme de cette petite causerie. Que dire de plus? Que dans l’exercice de votre profession, vous serez, que vous le vouliez ou non, confrontés à la langue créole et à la culture créole. Et là, deux attitudes sont possibles: ou bien vous faites semblant de ne pas les voir et vous les ignorez; ou bien vous faites l’effort d’aller vers l’Autre et de tenter d’appréhender sa culture au-delà des habituels clichés exotiques. La première attitude est, certes, la plus confortable, mais au terme de votre séjour ici, vous n’aurez rien appris de ce pays; la deuxième est plus difficile mais bien plus gratifiante et elle permettra à certains de nouer des amitiés qui se poursuivront au-delà de leur séjour en Martinique. Je sais que la DDE n’est pas indifférente au créole. En effet, parfois, au bord des travaux routiers, elle installe des panneaux disant «Ni moun ka travay dèyè panno-a» (Il y a des gens qui travaillent derrière ce panneau). C’est une excellente chose car vous convaincrez mieux et plus vite un Martiniquais en créole qu’en français, du moins les gens de plus de 35 ans. J’invite donc les dirigeants de la DDE à multiplier les initiatives de ce genre, à installer une sorte de bilinguisme dans l’entreprise, tant au niveau de l’oral que de l’écrit, car le but de notre combat, à nous créolistes, n’est aucunement, comme l’affirment certains esprits mal intentionnés, de remplacer le français par le créole mais bien d’instaurer un rapport d’égalité et de solidarité entre ces deux langues.

Nous savons très bien que le français demeurera toujours la première langue au niveau de l’administration, de la justice, de l’école etc…mais nous demandons une place pour le créole, une vraie place. Pas un simple strapontin. Si donc la DDE a besoin du GEREC-F pour organiser des cours de créole, nous sommes preneurs! Si vous avez besoin de nous pour traduire en créole des panneaux ou des affiches, nous sommes aussi preneurs! Maints services de l’Etat font déjà appel à nous dans ce sens et la collaboration se passe fort bien.

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, je vous remercie de m’avoir écouté!

Raphaël CONFIANT

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*Né en 1951 au Lorrain (Martinique), Raphaël Confiant est détenteur d’un diplôme de l’Institut d’Etudes Politiques, d’une maîtrise d’Anglais et d’un doctorat en Langues et Cultures Régionales. Ecrivain reconnu tant en créole qu’en français (Prix novembre en 1991, Prix Casa de las Americas en 1993, Prix Carbet en 1994) et cofondateur avec Jean Bernabé et Patrick Chamoiseau du Mouvement de la Créolité, il est actuellement maître de conférence à l’Université des Antilles et de la Guyane et professeur honoris causa de l’Université Autonome de Santo-Domingo. Parmi les figures de proue de la littérature antillaise et de la créolité – dont il est l’un des pères – Raphaël Confiant occupe une place foisonnante, chatoyante, truculente. Raphaël Confiant a tout d’abord publié en langue créole.
Depuis les années 1970, avec Jean Bernabé, il cherche à créer un système graphique propre au créole et a mis en ligne un
dictionnaire.
Ce passage par la langue créole lui a permis de se « réappropier » la langue française et de publier une œuvre romanesque dans une langue que l’entretien qu’il a accordé à Remue.net le 22 février 2005 dans son bureau de l’Université de Schoelcher se permet de qualifier de langue chabine.
Les différents parcours (parcours biographique, parcours créoles, « parcours du façonnement et du renouvellement », parcours d’écrivain créole, parcours romanesque ) par Véronique Larose sur le site du
Potomitan.info et sur le même site une fiche bio-bibliographique.

mèl : raphael.confiant@martinique.univ-ag.fr

6 avril, 2009

Le Lamentin, Ville Fertile (97232)

Classé dans : Les Communes de Madinina — CATORC Charles @ 18:32

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Située au centre de  la Martinique, au sud-ouest de la baie de Fort-de-France, la commune du Lamentin s’étend sur le territoire le plus vaste de l’île (6232 Ha) dont une grande partie se compose d’une large plaine alluviale, particulièrement fertile, bordée de mangroves et traversée par deux rivières : la Lézarde et le Longvilliers (canal du Lamentin), elle est la plus grande commune en superficie de la Martinique.

Cette situation privilégiée a favorisé l’implantation humaine et le développement économique qui ont au fil des années modèle le paysage architectural en y laissant de larges empreintes du passé juxtaposées aux témoins de la modernité.

 

Le Lamentin, Ville Fertile (97232) dans Les Communes de Madinina -image-56-moyenne

Statue du nèg mawon

 Capitale économique de la Martinique

Quelques chiffres…
Code Postal : 97232
40 000 habitants
21 quartiers
3 293 entreprises
Surface : 6232 hectares

Mais aussi…
- Une situation géographique intéressante
- Un pôle de développement important
- Un aéroport international
- Un dynamisme démographique
- Une vitalité économique (grandes enseignes, dynamisme des PME et des TPE, artisanat florissant, développement des services et des activités tertiaires…)
- Nombreux professionnels de santé
- Une qualité de vie préservée dans un environnement agréable et sécurisé
- Un dynamisme associatif, culturel et sportif .

C’est aussi la première ville industrielle de l’île. En effet, elle abrite sur son territoire 4 zones industrielles (ZI la Lézarde, ZI de la Jambette, ZI Les Mangles, ZI de Places d’Armes) et deux grands centres commerciaux (La Galleria et Place d’Armes)

La commune, intégrée à l’agglomération de Fort-de-France, et se situe à peu près au centre de l’île de la Martinique.

Cette commune accueille l’Aéroport Martinique Aimé Césaire, l’hippodrome de Carrère et les principales zones industrielles de la Martinique. Elle est traversée par la rivière la Lézarde, la plus longue rivière de l’île (30km)

Elle constitue également le 2e bassin d’emploi de l’outremer français apres Fort-de-France. Elle accueille la raffinerie de la Société Anonyme de la Raffinerie des Antilles.

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L e dernier Four à Chaux à Californie

 L’église Saint Laurent du Lamentin

Érigée à la fin du XVIIe siècle, l’église Saint Laurent (rue Schoelcher) a pris son allure actuelle au XIXe siècle et au XXe siècle. L’église Saint Laurent renferme des vitraux protégés sur l’inventaire national portant la signature des artisans d’art Dagran (Bordeaux) et Maumejean (Hendaye et Paris), ces derniers ornant à droite et à gauche les autels de Saint Joseph et de la Vierge. De part et d’autre du porche, deux toiles monumentales du Père Arostéguy (1887-1956), auteur de nombreux portraits et scènes religieuses en Martinique comme en Guadeloupe, qui évoquent ici la mise au tombeau et la résurrection du christ (1955).

A l’extérieur, les charmantes fontaines de la place de l’église (en dessous du quartier Calebassier) furent inscrites en 1995 sur l’inventaire supplémentaires des monuments historiques.

Le Lamentin ?

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Beaucoup de Lamentinois le savent sans doute, leur commune doit son nom à un animal aquatique, le lamantin. Mais qui est vraiment ce mammifère marin dont l’espèce est de moins en moins répandue. Explications.

Lamantin, avec un “a” au milieu, est le nom générique de trois espèces appelées siréniens. Elles sont toutes originaires de l’hémisphère sud. Il y a le lamantin du fleuve Amazone, en Amérique du Sud, celui d’Afrique de l’Ouest tropicale et enfin celui des Antilles qui se promenait entre la Floride et les côtes des Antilles en passant par le Golfe du Mexique. Le lamantin tire son nom de son cri plaintif, ressemblant à des lamentations. C’est un animal massif, physiquement proche des phoques. Il est lent et maladroit. Adulte, il mesure entre 2,50m et 4,50m et peut peser jusqu’à 600 kgs. L’espèce a été un moment en voie de disparition car elle a subi une chasse intensive pour sa peau et sa graisse. Certains pays en ont fait aujourd’hui une espèce protégée car ils nettoient les canaux d’irrigation en y broutant les plantes aquatiques susceptibles de les boucher.

On dit que la commune du Lamentin doit son nom aux lamantins des Antilles. En effet, au 17e siècle, son territoire était inhabité à cause des nombreux marécages qu’on y trouvait. Seules des espèces aquatiques y séjournaient dont les fameux lamantins. A l’arrivée des colons, la chasse aux lamantins fut ouverte alors que, jusque là, les Caraïbes respectaient ces siréniens, surtout par superstition parait-il. En moins d’un siècle, chassés par les colons, les lamantins disparurent de notre île.

 

L’édile actuel est M. Pierre SAMOT depuis 1989, il a été élu Président de la CACEM (Communauté d’agglomération du Centre de la Martinique), le 11 avril 2008.

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Pierre Samot est un artisan maçon à la retraite et ancien membre du Parti communiste martiniquais (PCM). Il débute sa carrière politique auprès de l’ancien maire du Lamentin, Georges Gratiant, dont il devient le 1er adjoint de 1983 à 1989. En 1987, il est élu conseiller général puis en 1989, maire du Lamentin.

En 1998, suite à des désaccords avec Georges Erichot, secrétaire-général du PCM, il fonde avec quelques dissidents son propre parti politique Bâtir le pays Martinique. En 1995, Pierre Samot est mis en examen pour favoritisme, corruption et trafic d’influences dans le cadre de l’affaire « des marchés publics » de la mairie du Lamentin. Mais malgré ses démêlés judiciaires, il parvient a se faire réélire avec panache maire du Lamentin avec 84,66% des voix.

Aux élections régionales de 1998, la liste dissidente « Bâtir le pays Martinique » conduite par Pierre Samot obtient 4 sièges au Conseil régional. Les 4 élus de la liste votent en bloc en faveur d’Alfred Marie-Jeanne lors de l’élection du Président.

Le 16 juin 2002, Pierre Samot a été élu député dans la 3e circonscription de la Martinique, en battant le député sortant, Camille Darsières. Mais son élection a été invalidée par le Conseil constitutionnel le 27 février 2003 et il a été remplacé par son suppléant Philippe Edmond-Mariette.

Aux élections régionales de mars 2004, sa liste « Alliance pour le pays Martinique » obtient 19 994 voix et elle fusionne au second tour avec celle conduite par Madeleine de Grandmaison du PPM. Il sera à nouveau élu conseiller régional sur la liste de l’union de la gauche « convergences martiniquaises » conduite par Madeleine de Grandmaison. Pierre Samot, entrepreneur en bâtiment de son état fut aussi président de la Chambre des métiers de la Martinique durant plusieurs années.

Lors des élections municipales des 9 et 16 mars 2008, Pierre Samot se présente pour la 4e fois à la mairie du Lamentin en présentant sa liste rajeunie intitulée « Lamentin passionnément ». Le 9 mars 2008, Pierre Samot est réélu à 74 ans maire du Lamentin dès le premier tour avec 8 319 voix soit 76,40% des suffrages exprimés.

Lien : www.mairie-lelamentin.com

4 avril, 2009

Bavarois créole au yaourt

Classé dans : Confiseries et Pâtisseries — CATORC Charles @ 19:11

Bavarois créole au yaourt

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 Ingrédients :

4 yaourts nature, 20 cl de lait de coco, 25 cl de crème, 4 feuilles de gélatine, 150 g de sucre de canne, 1 citron verts, 5 cl de rhum blanc. Pour les enfants, remplacer le rhum par un trait de sirop de grenadine.

Préparation :

Faire ramollir les feuilles de gélatine dans un récipient d’eau froide. Verser et fouetter dans un saladier préalablement refroidi au réfrigérateur les yaourts, le lait de coco et le sucre. Egoutter la gélatine puis la faire fondre dans un mélange de jus de citron et de rhum. Ajouter la préparation au yaourt et mélanger. Fouetter la crème avant de l’incorporer délicatement. Verser la préparation dans un grand moule préalablement passé à l’eau froide (ne pas l’essuyer). Réserver quelques heures au réfrigérateur (minimum 4 h). Démouler au moment de servir, (il sera peut-être nécessaire d’utiliser une lame de couteau pour décoller le bavarois). On peut décorer de brins de menthe ou (et) de fruits de saison.

Nougat Pistache

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Ingrédients :

500 g de cacahuètes, 1 litre de sirop de battterie, 1 cuillère à café d’huile.

 

Préparation :

Casser l’écorce des cacahuètes, leur ôter la peau, les verser dans le sirop de baterie, faire chauffer à feu doux en remuant sans cesse avec une spatule en bois. Lorsqu’il devient épais, couler le mélange dans un plat huilé en épaisseur d’au moin 2 cm. Laisser refroidir puis démouler.

Liqueur de Bois Bandé & Punch Cacahuète

Classé dans : Boissons et liqueurs — CATORC Charles @ 18:58

Liqueur Bois bandé

Liqueur de Bois Bandé & Punch Cacahuète dans Boissons et liqueurs bois%20bande

 

Ingrédients : Rhum blanc ou vieux, écorce de bois de marbri, cannelle, muscade râpée, vanille.

Préparation : Mettre à macérer dans du rhum blanc ou vieux, de l’écorce de bois de marbri accompagnée de canelle, muscade râpée et vanille.

 Punch Cacahuète

cacahuete dans Boissons et liqueurs 

Ingrédients :200g de cacahuètes décortiquées et pelées, 100g de lait concentré sucré, 20 cl d’eau, 80 cl de rhum blanc.

Préparation :Mixer ensemble les cacahuètes le lait et l’eau, ajouter le rhum. Mélanger et verser dans une bouteille. Laisser macérer plusieurs jours. Servir frais.

La grève créole et la danseuse de ka(Maxette Olsson)

Classé dans : Contes Créoles (Kont) — CATORC Charles @ 18:48

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Personne ne sait si c’était pour punir Papa Dodo d’être un communiste « bèt’ a gyab’” (bête à diable) mais, un matin un paquet de gendarmes sont venus chercher son fils dans des jeep kakis, sous l’accusation de vol de bouées. Papa Dodo apparemment d’un calme de flache, ne semblait pas de remarquer le blokoto (l’agitation) autour de lui. D’une colère blanche et froide, il rabotait avec une force à faire gicler les copeaux qui ne s’envolaient pas, mais retombaient brusquement sur le sol. Flap! Flap! Flap! Les palpitations s’accélérèrent à grandes bourrades dans  la poitrine de Damida lorsqu’elle vit son grand frère entouré de ses hommes blancs en uniforme couleur de leur jeep, devant tous les voisins muselés qui assistaient au spectacle. Croix sur bouche. 

Ce mémorable soir, pareil à un cyclone imprévu, la révolution en papa Dodo se réveilla et gronda Bondong! Bong! En six-quatre-deux, il transforma son atelier en un siège de manifestation et vociférait les poings levés. C’était la première fois que Damida le voyait sortir de ses gonds. Il semblait être à la charnière de deux personnalités. Il vibrionnait, tournaillait, vociférait et rauquait comme un tigre à qui on a ravit son petit.

- Pour dé bouées, ces capitalistes, ces enfants de garces mettent mon fils à la geôle et l’ont donné un paquet de coups. Ça ne va pas se passer comme ça. C’est fini l’esclavage… ils ne vont pas péter mon écale… ce n’est pas juste. Où est la justice pour nous les Guadakériens!

-Wè sé vré a’w! Bayadan! (C’est vrai! Continue!) s’exclamait l’assistance composée uniquement d’hommes. Tous des travailleurs descendus des petites communes: des pêcheurs, des planteurs, des fouilleurs d’ignames, des joueurs de musique, des scieurs de bois, des faiseurs de charbon, des coupeurs de canne, des gonfleurs de roues de bicyclettes, des jeteurs de tinettes et d’ordures, des faiseurs de réchauds, des charrons, des rémouleurs, des balayeurs de rues, des ramasseurs de ravets (cafards) morts et de caca-chien, des tueurs de rats, des rempailleurs, des ferblantiers, des faiseurs de lampes, des flitoxeurs de maringouins, des marcheurs dans les bois, des maçons, des carreleurs, des joueurs de tambou, des surveilleurs de cimetière, des électriciens, des fossoyeurs, des nettoyeurs de plage, des graveurs de calebasse, des transporteurs de ciment, des poseurs de briques, des dockers, des enfileurs de graines l’Eglise, des cordonniers, des charretiers, des casseurs de pierres, des chercheurs de ouassous, des pousseurs de brouettes, des chauffeurs, des mélangeurs de ciment, des arroseurs et faiseurs de jardins, des déballeurs, des mako (curieux professionnels)… oui tous, tous les comices de DPP (Débrouillard-Pas-Péché) étaient venus, tous étaient là pour manifester à la libération de José le fils du charpentier Papa Dodo qui déclamait.

- Et maintenant jè lè prends en bon français pour vous tous comprenez.

- Apiyé! (C’est d’accord!) ponctuait la foule des travailleurs.

- Jè travaille sept jours dè la semaine. (deux) jours pour moi et ma famille. Senk (cinq) jours pour les impôts.

- C’est d’accord!

- J’anmègde pas personne. Jè n’ai pas le temps.

- C’est d’accord!

- Parce que jè dèmande en pètit faveur, on dit comme quoi què jè suis en cominis kisisi-kisila (etc.).

- Et alors!

- Parce que même si jè suis un cominis, jè suis sorti di même tou (trou) què vous. Qui monsieur Maillard, qui dè Gaulle, qui vous tous sur cette Terre que Dieu a fait.

- C’est d’accord! C’est d’accord! continuait à scander la petite foule trempée de sueur à cause des portes fermées.

Ces soirs de rassemblement, Fifille s’enfermait avec sa petite fille dans la chambre et en grande confidence, exécutait exceptionnellement un acte défendu, car elle était une « sœur » adventiste du septième jour. Elle l’initiait aux sept rythmes du gwoka qu’elle avait dû abandonner à sa conversion adventiste: léwòz, toumblak, toumblak chiré, woulé, menndé, kagyanbèl, kaladja. Elle revivait les cérémonies, imitait les différences de sonorité du  boula et du marqueur.

-Tini dé tanbou: boula la ka fè bas-la é makè la ka ba-w son-la. Kontè la ka ba-y la vwa é i ka mandé lé répondè. (Il y a deux sons de tambour: le boula est l’accord de base et le marqueur vous donne le son. Le chanteur commence le thème et demande les répondeurs (le chœur)), expliquait-elle.

Elle trémoussait ses célèbres coups de reins de toumblak chiré, piquait un woulé, reprenait les pas, se secouait un menndé et relatait la somptuosité de ses tenues soyeuses samba, l’élégance étant absolument indispensable aux soirées de gwoka.

- J’allais au lérose au commandement. Mes robes en soie doublées de jupons dentelle anglaise très étoffés faisaient chchchwa-chchchwa-chchchwa… je les relevais pour leur donner le pas. Et quand apparaissait Ti-Constantin avec son ka tendu d’une liane spéciale habillé de son costume blanc bien amidonné assorti à son panama messieurs et dames! Vous faisiez caca sur vous. Boug-la té ka kasé. (Le type était d’une élégance.) Lorsqu’il se couchait sur son tambour  tous les esprits sortaient de leur trou et vous ne pouviez vous empêcher de lui donner le coup de reins. Sa langue claquait contre son palais. Elle se raclait la gorge, imitait le son du tambour dans un boulagyèl, son parler créole revenu comme le naturel au galop.

-Ti moun, an ka ba-w fré mé pa di pon moun’ ki an ka dansé kon lè mond siouplé. Sé défandi dansé sa. Ou tann Damida? Granjand-moun pa ka dansé sa. (Ma petite je t’initie, mais je te prie de ne raconter à quiconque que je danse comme le monde? C’est défendu d’exécuter ces danses. Tu m’entends? Les gens biens ne s’exhibent pas ainsi en public.

Le monde composait globalement tous ceux qui n’avaient pas embrassé l’interprétation de la Bible des « frères et sœurs » adventistes et tous ceux qui appartenaient à une autre croyance que la leur.

Les confessions adventistes se faisaient en petits groupes, auxquelles Damida assistait pour se délecter du verre de jus de raisin qui remplaçait le sang de Jésus et manger le bout de biscuit salé qui représentait son corps. Sous l’attention de l’assistance, les convertis avouaient courageusement leurs fautes et priaient chacun pour demander pardon en tutoyant Dieu: « Mon Dieu Tout-Puissant, je te demande de me pardonner pour avoir dit du mal de la voisine qui m’embête pour un petit morceau de terre qui t’appartient. D’accord, je vais le barrer. En attendant, aide moi à supporter ces attaques avec foi et bonne humeur et que cette dame soit bénie avec toute sa famille. Amen. » était la confession d’une sœur à Dieu.

Ils se recueillaient et se lavaient les pieds entre eux dans une petite cuvette en émail. Jamais Damida n’avait entendu sa grand-mère confesser qu’elle lui enseignait le gwoka. Ce qui lui prouvait que ce n’était pas un péché. Lorsque sa grand-mère s’attardait dans une conversation entre adultes où elle risquait de se marir, elle la grouillait en lui en tirant le bras. « Bonne-manman allons rentrer à la maison! Je veux que tu danses pour moi. » Elle se recevait une petite tape discrète sur la joue qui la forçait à se taire jusqu’à oublier sa nuisible proposition. Plus tard, lorsqu’elles elles étaient seules, lui était admonesté une vive réprimande sur l’importance de garder le secret: « Gadé timoun! Ou bizwen mélé mwen? An ja di-w pa rakonté zafè an mwen ti moun. An tan an té ka dansé gwoka yo té ka di an té modi. Pa di douvan moun an toujou ka rimé koupyon an mwen. Yo ja ka salé mwen, ou bizwen yo fri mwen. (Dis donc toi! Tu veux me mêler? Je t’ai déjà dit de ne pas me trahir. Dans le temps où je dansais le gwoka, on me traitait de maudite, de salope et de femme de mauvaise vie. Ne dévoile pas aux autres que je me déhanche. Déjà qu’ils m’ont salé, tu veux qu’ils me fassent frire.) »

Oh! Elle voulait tant déclamer l’art de sa grand-mère. Quel mal Messieurs et Mesdames y avait-il de pratiquer sa tradition et de les transmettre à ses petits enfants?

Quelle beauté chabine chaude lorsqu’elle dansait la bamboula sa bonne-manman chérie! Papa Dodo en réunion, confinées toutes les deux dans la chambre à coucher, elle se défoulait, se déchaînait, se démâtait, se déchirait, s’éventait, se secouait… Elle revivifiait ses mêmes danses prohibées qui lui avaient valu une réputation douteuse exorcisée en s’accrochant à sa Bible:  « Aimez-vous les uns les autres. » Elle scandait ses pas à son son de gorge.   « GGGzzzzzzzz… GGGzzzzzzz… Ansinèl lévé, mété limyè! » (Ansinèl réveille toi et allume la lumière?) (chanson traditionnelle et populaire) Elle se desserrait momentanément du carcan rigoriste des adventistes du septième jour. Elle était transformée de  « sœur » en bayadère (danseuse sacrée de l’Inde).

« An ka mandé lé répondè
Lé répondè waké lé men
Pou an ba zòt listwa a Fifi
Fifi sé on mal-fanm
I ka rimé toumblack chiré
Lè-w gadé yo di i pa bon
Dé jou la sa i an bonDyé
Paka rimé, paka dansé
paka chomé, paka chanté nwèl
Pa nonmé non a Fifi
Si-w nonmé di Sen-Fifi

(Je demande le chœur
Battez des mains
Que je vous raconte l’histoire de Fifi
Fifi est une grande Dame
Qui danse le toumblack chiré
On l’a dénigré et critiqué
Depuis ce jour elle ne danse plus
Ne s’amuse pas, ne chante pas Noël
Ne nommez pas le nom de Fifi
Si vous dites son nom dites Saint-Fifi)

Dans la règle de l’art martial, de deux rapides coups de pied, bonne-manman se délestait de ses sandales, un trépignement la transportait, le plancher tremblait sous ses pieds nus, les meubles applaudissaient à tout rompre, la sueur perlait de son nez, sa tête allait et venait à une folle vitesse, ses cheveux lançaient des épingles, ses épaules se secouaient le joug, ses gros seins se délectaient de volupté, ses reins tourbillonnaient similaire au ventilateur à hélices du plafond. Elle se soulevait de terre devant son seul spectateur, sa petite fille. En transe, possédée par le ronflement du gwoka qu’elle était seule à entendre, Fifille défiait les répondeurs invisibles en leur demandant de waké (battre) les mains. Sa voix traversait les cloisons.

« Enrajé si zò vlé (ter)
A pa zékal an mwen zò ké kasé.
Lé répondè waké lé men
Pou an ba zót fré a Fifille
Vwayajèz Gwadloup-la
I chayé dlo ba lé disidan
Pa nonmé non a Fifiy
Si ou nonmé non a Fifiy
Pa obliyé mété Bon Dyé.”

(Soyez enragés si vous voulez
Vous ne m’aurez pas
Le chœur battez les mains
Que je vous raconte l’histoire de Fifille
La voyageuse de la Guadeloupe
Qui a charroyé de l’eau pour les dissidents
Ne nommez pas Fifille
Si vous la nommez
N’oubliez pas de l’accoler au nom de Dieu.) »

Cette soirée d’agitation, elle toumblacka (danse de déhanchement) et fît le rite du pété-pied (battre le sol de ses pieds), danse exécutée auparavant, pour réveiller les esprits qui partaient libérer les esclaves de leurs chaînes de forçat.

Au rez-de-chaussée, son atelier solidement barricadé, papa Dodo réveillait sa classe ouvrière en s’excitant plus volubile que jamais:

-Écoutez moi très sérieusement! Jè parlé lé français dé grands Nèg’. Monsieur Maillard est un blagueur dè prèmière classe. C’est moi qui vous dit ça. Il nous couillonne nous tous les petits travailleurs. Pour le moment, il a mis mon fils à la geôle pour que j’arrête dè parler. Nous nè sommes plus des esclaves. C’est fini ça. Je répète que notrè coulèr dè peau nè vé pas dire que nous sommes couillons. Cè Monsieur Maillard nous raconte des vyé (vieux) blagues a mas (bobards) dè nanni nannan (d’antan) comme quoi… que l’argent c’est le butin du diable, un diable que je suis soi-disant et pendant ce temps, il met tout lahan (l’argent) dans sa poche. Il a (deux) restaurants, en grand habitation, dé (deux) maisons en France, sans compter l’hôtel qu’il construit… et pour lui tout seul il a cinq voitures automobiles tounèf (tout neuf). Pa en (pas un). Pa dé (pas deux). Cinq! Comment on pé (peut) conduire cinq automobiles à la fois? Dites moi ça en pé.  C’est fini de nous couillonner. Aujourd’hui, c’est le moment dè tenir sa promesse. Nous avons la comprènette des vices de la politique maintenant. Il met mon fils à la geôle pour (deux) bouées, mais… messieurs et mesdames… Où est lè pont pour traverser la Rivière-des-Mères? Où est l’école pour lé touts pètits enfants? Où est l’augmentation pour les vidèrs dè poubelle? Où est la sékirité sociale pour les pèti (petits) travaillèrs comme nous?  Où est la pension dè vieillesse? Où est tous qu’on nous a promis pour nous les travaillèrs? Où est le? Où est la? Où est les?

- Où est le? Où est la? Où est les? criait la foule.

-Une parole est une parole. Il faut tenir votre parole Misyé Maillard. Il nè faut pa courir M. Lè Préfet. On va pas vous manger. C’est vous les cannibales qui mangé lè corps dè Jésus. Pas nous. Et vous n´allez pas nous faire manger la vache enragée. Moi, je n’ai pas fait grand l’école comme vous, mais je suis un homme dè parole. On dit que parole en bouche n’est pas chaj (charge), mais c’est la seule fòs (force) dè communiquer que moi jè connais. Je répète que moi Dodo Vabis, jè suis un HOMME DÈ PAROLE! C’est nous qui construit notre île avec nos dé (deux) mains. On nous donne des rendez-vous, on vient pas. On nous fait promesses sir promesses et nous on voit rien vènir. Faut pas nous jèter dans lé poils à gratter quand on nè porte pas dè caleçon. C’est pas gentil ça.  C’est là qu’on dèvient mauvais sujets. Faut pas nous prende pou des couillons. où est tou cè qu´on nous a promis? Où est les?

-Wè! Où est lè? ROULO! BRAVO! BAYADAN DODO! applaudissait la foule à tour de bras pendant que papa Dodo continuait:

-Donnez nous cè que vous avez à nous donner, une fois là même! Donnez nous notre dignité! Respectez nous! Mettez l’argent sur la table! C’est notre droit.

-WÉLÉLÉ! ROULO! BRAVO DODO! DODO! DODO! DODO! …

Les travailleurs excités se levaient, battaient des mains et des pieds.

Il est à constater que ce discours fût attribué à beaucoup d’autres politiciens, sauf à Papa Dodo, parce qu’il n’était que charpentier, comme le beau-père de Jésus dont Fifille continuait à suivre le sermon.

Le temps des guili-guili était passé. José fût libéré à la condition d’être expédié en France par le B. U. D. A. F (acronyme du Bureau Unifié au Dépeuplement des Antilles Françaises). Une organisation qui exilait tous les indésirables de l’île et ceux qui voulaient voir ailleurs comment on est bien chez soi. En écoutant sur l’électrophone la rengaine à la mode de Raphaël Zachille le saxophoniste du Bas-du-Bourg à Basse-Terre en Guadeloupe, Damida pensait à son José.

  »Mwen dòmi déwò (ter)  
Mwen dómi dèwò
Mwen dòmi an tou a métwo
Ay! Ka fè fwèt
Kon adan on frijidè….

(J’ai dormi dans la rue (ter)
J’ai dormi dans la rue
J’ai dormi dans le trou du métro
Aïe! Il fait froid
Comme dans un frigidaire…) »

Fanm (Joby Bernabé)

Classé dans : Poèmes créoles (Pwèm) — CATORC Charles @ 18:36


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Fanm flè ka tounen nonm an kolibri
Fanm flech ka pitjé nonm an mitan tjè
Fanm fil ka voplé nonm an pwel zié-yo
Fanm fiel ka fann fwa nonm ek an kout lang
Fanm fol ka pann tjè nonm an bout branch-yo
 

Um !
Fout fanm flè !
Fout fanm flech !
Fout fanm ni fil !
Fout fanm fiel !
Fout fanm fol ! 

Fout fanm fò, fout !
Lè fanm fè tan fè fos pou fò, um ! 

Mé fout fanm fò, fout !
Lè fanm fè tan fè fos pou fò ! 

Kè-
Fanm
Fanm
Fanm
Fanm 

Fanm kann ka dousi nonm ek zié dou yo
Fanm ganm ka vèglé nonm ek lo fa-yo
Fanm ranm ka ranmé nonm an tout dlo-yo
Fanm lanm ka néyé nonm an dlo zié yo
Fanm flanm ka brilé nonm an dé bra-yo 

Fout fanm kann !
Fout fanm ni ganm !
Fout fanm ranm !
Fout fanm lanm !
Fout fanm flanm ! 

Mé fout fanm fò, fout !
Lè fanm fè tan fè fos pou fò, um !
Fout fanm fò, fout !
Lè fanm fè tan fè fos pou fò !

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Fanm flo ka tounen fol pou an babiol
Fanm tref ka ped lakat pou an wa tjè
Fanm fes, voplé pézé, mi lanmoné’w mamzel !
Fanm bef ka trimen vet anba jouk nonm
Fanm feb ka chignen chenn an tout chimen, um ! 

Fout fanm flo !
Fout fanm tref !
Fout fanm fes !
Fout fanm bef !
Fout fanm feb ! 

Mé fout fanm fò, fout !
Lè fanm fè tan fè fos pou fò !
Ay, an vérité
Fout fanm fò, fout !
Lè fanm fè tan fè fos pou fò ! 

Dépi avan nanni-nannan
Avan prèmié jénérasion ki pran soufrans
ek délivrans
Non’w té ja ka kouri nan van
ek bétafé léternité.
Soley batzié anba an kout zié’w
Ou flanbwayé zantray lannuit
Sèpan lavi rantré nan kò’w
Simen vènen lakonésans
Ek i tété’w pa andidan’w
Nef lalin plenn anlè bouden’w
Ou pòté chay avan chay fet
Gran jou kléré dé bol jounou’w
Ou mété nonm asou latè 

Ou swen an péyi
Épi chalè’w
Épi lachè’w
Épi laswè’w
Ay fanm !
Ki moun ki noz malpalé fanm
Jòdi taa anlè tè-ya ?
Ki nonm ki sé palé di fanm
San i pran tan pézé kracha’y
setsansiek fwa an fon goj-li ?
Ki fanm ki pa sé sav i fanm
Avan milan
Avan kankan
Avan pawol masibol fol
ka simen fiel ek malkadi
anba fétay lanmézon nou an ? 

Um ! Fanm !
Si’w wè man sé nonmen non’w
Pawol-mwen sé an ti lafimen
ka filtré anba kannari’w
Lafimen-yan kay fè chimen’y
Kannari-ya li menm sé félé
Twa woch ou a andwa toujou la
Ou sé reldo kannot lavi
Ou sé mamel divini nonm 

Um ! Fanm !
Si’w wè man sé nonmen non’w
Pawol-mwen sé an ti lafimen
Ka filtré anba kannari’w
Lafimen’w kay fè chimen’y
Kannari-ya limenm sé félé
Twa woch ou a andwa toujou la
Ou sé reldo kannot lavi
Ou sé mamel divini nonm 

Pas an vérité
Fout fanm fò, fout !
Lè fanm fè tan fè fos pou fò, um !
Fout fanm fò, fout !
Lè fanm fè tan fè fos pou fò ! 

 

 

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