Madinina, L'île aux fleurs, l'île des revenants, chalè, chalè !!!

Fruit présenté : Pomme Canelle

5 mai, 2010

Contes Créoles I

Classé dans : Contes Créoles (Kont) — CATORC Charles @ 11:54

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En ce temps là, le diable était déjà devenu vieux, mais il n’était pas encore descendu aux Enfers. Il s’était installé très loin dans la Montagne.

J’ai dit que le diable était vieux, donc il était laid et ne trouvait plus de femmes. Or, il y avait dans le pays une femme plus jolie que toutes, qui s’appelait Artémise. Elle avait donné son coeur à Jô, qui était beau, jeune et courageux. Un soir, qu’il y avait dans le ciel rien qu’un mince croissant, pareil aux cornes du diable, Artémise et Jô s’éloignèrent de toutes les cases pour se dire leur amour. Tout à coup, ils entendirent un grand bruit, comme si le Bon Dieu roulait le tonnerre. Ils levèrent la tête et virent qu’il n’y avait point d’orage dans le ciel, mais ils virent que les cornes lumineuses filaient de plus en plus vite le long des nuages. Ils pensèrent que c’était là une bien mauvaise nuit et se décidèrent à rentrer. Mais Artémise fut brusquement happée par le noir et Jô ne sut la retenir, malgré des efforts désespérés. Il entendit une dernière fois les cris de sa fiancée se perdre dans la montagne.

Le lendemain matin, Jô alla trouver la sorcière. Il lui remit comme «rapport» la petite touffe de cheveux d’Artémise qu’il portait toujours avec lui, dans un petit sac de coton rouge. La sorcière lui révéla où se trouvait Artémise.

Jô partit aussitôt vers la maison du Diable. Il arriva devant une grotte taillée comme une porte. La route avait été si longue, que déjà la nuit tombait. Il vit le Diable lui-même, qui rentrait chez lui, les bras chargés de belles étoffes. Jô pensa que le diable voulait faire d’Artémise sa femme. La colère et l’amour lui rendirent son courage. Il suivit le Diable à petits pas et vit que la caverne avait trois portes se succédant. Un démon gardait chaque porte.

Le premier avait une bouche démesurée, fendue jusqu’aux oreilles et des mâchoires énormes. Assis sur un tas de pierres, il jouait avec elles comme on joue aux « toulites » et quand les pierres s’entrechoquaient dans sa main, il en sortait des étincelles, car c’était des pierres-tonnerre. De temps en temps, il s’arrêtait de jouer, pour manger les pierres que ses mâchoires broyaient à grand bruit.

Le second démon avait une langue qui ressemblait à un gros congre et qu’il ne pouvait jamais rentrer, faute de place dans sa bouche où la mettre. Il s’en servait pour rassembler les cendres d’un boucan constamment dispersées par le vent des trois portes.

Le troisième démon avait de larges pieds crochus, garnis de griffes et ses mains étaient pareilles. Il buvait dans une calebasse, l’eau qu’il descendait prendre au fond d’un grand puits.

Tous les trois avaient le même air douloureux et le même regard haineux. Jô comprit combien il lui serait difficile de pénétrer chez le Diable. Il regagna sa case, presque désespéré. Mais la nuit lui ayant porté conseil, il se présenta dès le lendemain à la première porte du Diable.

— Bonjour diable, dit-il au premier. Je viens pour prendre ma fiancée que ton maître m’a volée.

— Sors d’ici, lui dit Diable-la-misère, car j’ai assez faim pour te dévorer tout entier ce matin. Vois, je suis condamné à ne manger que ces pierres.

— Pauvre diable, prends ce pain que je t’ai porté et laisse-moi passer, je t’en supplie.

Diable-la-misère prit le pain, ferma les yeux et Jô fut à la deuxième porte.

— Bonjour diable, dit-il, je suis pressé, laisse-moi passer, j’ai mon amoureuse qui m’attend.

— Je souffre trop pour te répondre, ma langue n’est qu’une plaie, sors d’ici ! lui dit Diable-du-feu.

— Pauvre diable! Repose ta langue et prends ce balai que je t’ai porté. Tu t’en serviras pour les cendres brûlantes.

Et c’est ainsi que Jô fut à la troisième porte.

— Bonjour diable, lui dit-il, ma fiancée est pleine de chagrin, laisse-moi donc aller la chercher.

Diable-la-soif posa lentement sa calebasse et lui dit:

— Sors d’ici tout de suite, si tu ne veux pas que je t’égorge pour boire ton sang. Vois, je suis condamné à descendre dans ce puits chaque fois que j’ai soif. Quand je remonte, j’ai encore soif.

— Pauvre diable. Prends cette corde, tu y attacheras ta calebasse et tu seras moins fatigué.

Diable-la-soif prit la corde et, Jô, guidé par l’amour, trouva Artémise qu’il enleva en courant. Au bruit qu’ils firent, le grand Diable qui reposait sa vieillesse, se leva. Il se tint, immobile d’abord, étonné par la hardiesse de celui qui avait osé entrer chez lui. Puis il eut un rire effroyable qui cloua sur plate les deux amoureux. Dès qu’ils eurent repris leur course, se tenant par la main, Diable cessa de rire et toujours immobile, sûr de sa puissance, il s’écria:

«Diable-la-soif! Prends le jeune homme qui passe et noie-le moi dans le puits!»

— Non, je ne le noierai pas, car c’est lui tout à l’heure qui m’adonné une corde qui me rend un grand service. Diable n’eut pas le temps de se fâcher que Jô entraînait Artémise par la deuxième porte.

— Diable-du-feu ! Prends le jeune homme et brûle-le ; brûle-le ! te dis-je. Et Diable-du-feu continuait à balayer paisiblement ses cendres, faisant minede ne rien entendre.

— Diable-la-misère, Diable mon fils! Toi qui te plains d’avoir toujours faim, prends le jeune homme et mange-le!

Et cette fois, il y avait dans son ordre comme un petit brin de supplication.

Et Diable-la-misère répondit qu’il ne pouvait pas manger celui qui justement venait d’apaiser sa faim avec un si bon pain.

Et c’est ainsi que Jô victorieux, entraîna Artémise au bas du morne du Diable.

Le lendemain ils se marièrent et il y eut un grand banquet. Et même que, me baissant sous la table pour ramasser un os qu’un invité rassasié avait laissé tomber, je reçus un coup de pied qui me projeta jusqu’ici pour vous conter l’histoire.

Georges GRATIANT


 

Source : http://www.potomitan.info/atelier/contes/conte_creole92.php

16 novembre, 2009

Ni an trésô caché dans tè’ à

Classé dans : Contes Créoles (Kont) — CATORC Charles @ 8:06

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En vié béké gouyave, qui té
ni en lot tè senti l’heu a rivé
pou i monté ouè bon Dié ; i
mander confesser. L’abbé a vini
i confesser vié boug là, i baille
l’extrême-onction et pi i dit i :
Partez maintenant âme chrétien-
ne, allez en paix et dans la joie
vers la maison du Père, recevoir
la récompense du bon travailleur.
Vié béké a répon’ li « Deo gra-
tias »

Et quand l’abbé’ a finit paler,
vié béké’ a rouè qui Basile ja là,
Vié béké dit Basile : Ba moin
en ti minite, moin ni dé ti parol’
pou moin dit iche moin avant
moin fèmin zieux moin.

— Z’enfants dit vié n’homm’
la i foc moin quitter zott’ :
Mais quand moin pas kaï là,
pas janmin ven’n tè a ; pass
adan tè ta là ni l’agent. Moin
pas peut dit coté. Tout ça moin
save cé qui Caraïbes habiter ici
à ni longtemps et yo caché
l’agent épi l’ô dans cé jâ l’huile
vide la, épi yo terré yo dans
propri
été a. Ni qui mô, mi d’autt’
qui pâti sans virer et l’agent
a rété.

En pile moune ja trouver, en
jou cé kaï tou nous. Donc plan-
té tout tè a, mettez nègue en
travaille, fait yo travaille rède.

Plantez cann’ pa icitt’, bana-
ne pa l’autt’ bô a, iam’ bod la
riviè a, épi dachine, tout’ gros
légume. En jou Bon Dié kaï
fait, zott kaï tombé assou i. A
peinne i finit paler, Basile mein-
nin i aller. L’abbé a té là tou-
jou, i fait an denier la priè, i
dit i : A porta in feri… etc. »
Cé bougue là couter bien, tout
ça vié papa a dit yo, yo boule-
versé la tè, yo fouiller tout
patout, mais aussi yo planter.

Pied bois pôté ; banane, canne,
gros légumes ba yo plein rende-
ment.

Yo ven-n’, yo fait bon sou ;
mais yo pas trouver pièce jâ
l’agent. Aloss yo soupçonné, ça
Papa yo fait a, et yo dit : « Vié
bougue là, cé pas té caca
crabe i té ni en cervelle li ».

 

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23 juin, 2009

Ti-Châles épi Ti-Chabin

Classé dans : Contes Créoles (Kont) — CATORC Charles @ 15:51

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Ti-Châles. — Ça ou fait, Ti- Chabin? Ti santé-ou?

Ti-Chabin. — Ça ka maché tout piti, pian-m-pian-m.

Ti-Châles. — Ti-youte dit moin qui hiè au souè ou prend premier prix histoire en créole…

Ti-Chabin. — Mais ouais… moin raconté-yo l’histoire… «Man fon-mi épi manzell’ Cigale».

Ti-Châles. — Ouais! Racontez moin ça ti brin.

Ti-Chabin. — Cé an histoire qui passée l’autt’ pays.

Ou save qui dans toutt’ pays fon-mi toujou ain-min fait provision, mé en France i ka fait encô beaucoup pliss’.

Ti-Châles. — Pou qui ça! coumment fon-mi la France pli civilisée qui fon-mi Martinique hein?

Ti-Chabin. — Mé non cé pa pou ça «vié-frè» cé pass qui en France i ka fait fouett’ con la glace six mois dans l’année- a.

Ti-Châles. — Ouais! Ça ou ka dit con ça?

Ti-Chabin. — Et pendant six mois ta-la, pié-bois pas ka pôté, pa ni pied fruit à pain, pas ni régime ban-nan-ne, pas ni zaboca, pa ni pied mango ka pôté, pas ni coco sec, pas ni ziniam etc. Alloss, man fonmi qui an ti fem-me intelligente et prévoyante, pendant lé six moix i ka fait chaud madanm-me ka économisé, i ka fait bon provision mangé, pou la saison fouett’ la yo ka crié l’hivè-a.

Ti-Châles. — Coumment l’hivè rède con ça-a hein compè?

Ti-Chabin. — Cé ça ou pè dit-a, pas mandé ça pou la Martinique.

Ti-Châles. — Poutant en 1946 té ni an n’hon-me politique qui té ka fait conférence douvant l’école Terres-Sainville-à, an jou, i dit con ça: Mé chè… camarade, la Martinique kaï département françé.
Zott’ kaï assou milé-a… et … dé pied zott’ pé jiss trainninà tè… zott kaï ni dé pouintemps, dé z’été… dé z’autonne -e – e ; et, dé, z’hiver – e …

Ti-Chabin. — Ça cé mouneà dit en compè?

Ti-Châles. — Eh bien toutt’ cé moune-a qui té ka couté-à coummencé batt’ l’an-main épi yo crié : Ouhé-é ! Ouhé-é ! Ouhé- é-é. Nous kaï assou milé- à… nous kaï ni dé z’auton- — ne-e-e épi dé z’hivè-e-e-e…

Ti-Chabin. — Cé pass’ qui toutt’ cé moun-ta-la, pas té connaitt’ l’hivè compè; si yo té save ça ça yé l’hivè, yo té kaï fait missié pé la.

Ti-Châles. — Bien, et manzell’ la Cigale ça-ï té ka fait pendant lé six mois i ka fait chaud?

Ti-Chabin. — Moin kaï raconté-ou ça la prochaine-ne fois compè, jôdia moin ti-brin pressé, moin ni an conmission pou moin aller fait ba Ti-youte.

Ti-Châles. — D’acô chabin au prochain numéro.

Ti-Chabin. — Fôc pas ou mantché ça, pass ça intéressant.

 

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3 mai, 2009

Compè Macaque et Compè Codaine

Classé dans : Contes Créoles (Kont) — CATORC Charles @ 17:47

MACAQUE

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Mé, compè, coument non ou rangé compte à ou
Pou monté en lai-là sans ou cassé li cou ?
Ou qui té ka pouri dans fin fond ravinage,
Vouéla qui, tout à coup, ou haut tout con nouage !
Chelché et Péïnon, cé dé grands piblicains,
Tombé dans zacacias, et ou dans bels chimins !
Dans tous ces bouzins-là, yo dé resté fidèles.
Espliqué-moin coument ou monté gands zéchelles.
Mé moin qui té, con ou, poumié municipau,
Moin ka maché ni-tête,et ou dans bel chapeau ;
Ou tini bels souliers, et moin, fouan démocrate,
Moin pa tini dans pied pas même un savatte !
Ou là ka carré-ou, en douvant, à côté,
Et moin, moin pas savé qui bois moin doué monté.
Ou fè gnon mauvé coup ; làdans tini quéchose
Qui pas ka senti bon ; ou pas monté sans cause.

CODAINE

L’agent, l’agent, mon fi, cé ça qui tenté moin.
Cé pou trapé l’agent moin pavini si loin.
La vèti sans li sou, cé belle couyonnade ;
D’lau clè et pis l’honnè, cé fouti limonnade !
M’en fou charivari, m’en fou coup pied dans quiou,
Pouvi moin trapé place, pouvi moin trapé sou !
Tout con laitt et citron et l’huile carapate,
Moin ka touné ; astè moin pou Louis Bonapate ;
Avant, cété Marat, Robespiè et Danton.
Jòdi moin nouè con l’enque ; dimain, blanc con coton ;
Tantôt moin vète, moin rouge ; tantôt moin blé, moin jaune.
Moin pou la Répiblique et moin pou la couronne.
Pou quimbé la fôtine, moin pé vende papa,
Moin pé vende maman, pays et cœtéra ;
Moin couyonné milate, et moin couyonné nègue,
Et moin couyonné blanc ; moin doux, moin con vinègue :
Cé sulon les zaffès. Moin con défint Garé :
Moin ka ri si fo ri ; si fo, moin ka pléré.
Qaund moin vé pas guetté, moin ka touné la tête ;
Suivant vent ka venté, moin la tant con girouette.
Pou ête con moin yé, y fo moin souè con ça.
Moin fouti, pou l’agent, mangé gnon plate caca.
Quand moin té zavocat, moin té ka fè diette.
Moucha : plis bon métié pou rempli zassiette.
Moin lévé, moin monté, moin tombé con balon,
Mé pou ça moin rampé tant con colimaçon.
Moin coincé pouésident, tant moin fè la grimace ;
Moin fende guèle à li pou li ba moin bon place.
Chelchè et Péïnon, cé dé foutis couyons.
Gnonne, dans Saint-Matin, salé tant con jambons ;
L’aute, pli sotte encô, chié pou la Belgique
Avè gnon habit blé li caré en boutique.
Moin jige, jòdi-là ; pouan gade à ou, Macaque.
Qui souè tô ou raison, moin ka fou ou dans saque.

MACAQUE

Moin pas té jamé couè, Codaine, ou té con ça.
Ou mérité cent fois yo fou ou cabouya.
Condouite à ou trop laide ; yo ké fou ou sentence.
Ou trahi lés dé camps ; pouan gade la potence !
Yo kallé tranglé-ou, bougue de zanimal !
Yo kallé plimé-ou, ou kallé fini mal ! ! !
Et bien ! allé, maché, rivé la Basse-Tè,
Yo ké fou-ou gnon chauff, ou ké rentré dans tè.

CODAINE

Rivé moin ké rivé, yo ké fè moin bien bo.
Yo toutt plein di mousse, mé bien pé di chodo…
Mi, moune Basse-Tè, yo là pou la parade ;
Moin kalé gonflé-yo ; yo ké pété con blade.
Quand moin kalé palé, yo ké ba moin la main.
Moin kalé fè yo toutt baisé folbec à moin.
Quand moin ké dit aux blancs : « Moin rivini pou zottes »,
Cé pou li coup yo ké ba moin gragues et ribottes.
Yo méchants ? Mi guettez, moin tini dans la main
Gnon lance à dé tranchants qui faite con cœu moin.

Macaque té bien dit voué ; yo fou mouché codaine
Gnon zingoinnage au vif ; li manqué pède haleine.
Lambis, cônes et soufflettes, chaudrons là ka Lanzac,
Missié souffri tou ça ; li pas selment dit hac.
Si li sòti déhô, yo ka crié : « Aux ames ! »
Pou li allé pissé, fo li dé, tois gendames.
Li pas tini ripos ; popilace apoué li,
Assoliment tant con foufou dans quiou gligli.
Yo fou missié gnon voum : cété tant con tonnè,
Jouctant yo pouan ça pou trembliment di tè.
Yo baré-li chimin ; li trapé la vavite :
Li voyé toutt allé. Hélas ! li té ka pite.
Dépi temps là, Codaine, dans lé chimins couvouis,
Ka navigué la nouite, caché dans li mépouis.

Mi : pitit zistouè-la ka baye bon l’indice ;
Li pé opposé-ou tombé dans pouécipice.
Codaine monté haut, mé li foucant bien bas.
Ça li gagné à ça ? A pouésent li bien gras !
Simié li té rété picoté fond campagne,
Pitôt, dans li mépoui, gimpé lassi montangne.
Grand place et grand trésô pas ka fè li bonhè
Sans la vêti, l’honè et sans la paix di kè.

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Paul Baudot, Oeuvres créoles

4 avril, 2009

La grève créole et la danseuse de ka(Maxette Olsson)

Classé dans : Contes Créoles (Kont) — CATORC Charles @ 18:48

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Personne ne sait si c’était pour punir Papa Dodo d’être un communiste « bèt’ a gyab’” (bête à diable) mais, un matin un paquet de gendarmes sont venus chercher son fils dans des jeep kakis, sous l’accusation de vol de bouées. Papa Dodo apparemment d’un calme de flache, ne semblait pas de remarquer le blokoto (l’agitation) autour de lui. D’une colère blanche et froide, il rabotait avec une force à faire gicler les copeaux qui ne s’envolaient pas, mais retombaient brusquement sur le sol. Flap! Flap! Flap! Les palpitations s’accélérèrent à grandes bourrades dans  la poitrine de Damida lorsqu’elle vit son grand frère entouré de ses hommes blancs en uniforme couleur de leur jeep, devant tous les voisins muselés qui assistaient au spectacle. Croix sur bouche. 

Ce mémorable soir, pareil à un cyclone imprévu, la révolution en papa Dodo se réveilla et gronda Bondong! Bong! En six-quatre-deux, il transforma son atelier en un siège de manifestation et vociférait les poings levés. C’était la première fois que Damida le voyait sortir de ses gonds. Il semblait être à la charnière de deux personnalités. Il vibrionnait, tournaillait, vociférait et rauquait comme un tigre à qui on a ravit son petit.

- Pour dé bouées, ces capitalistes, ces enfants de garces mettent mon fils à la geôle et l’ont donné un paquet de coups. Ça ne va pas se passer comme ça. C’est fini l’esclavage… ils ne vont pas péter mon écale… ce n’est pas juste. Où est la justice pour nous les Guadakériens!

-Wè sé vré a’w! Bayadan! (C’est vrai! Continue!) s’exclamait l’assistance composée uniquement d’hommes. Tous des travailleurs descendus des petites communes: des pêcheurs, des planteurs, des fouilleurs d’ignames, des joueurs de musique, des scieurs de bois, des faiseurs de charbon, des coupeurs de canne, des gonfleurs de roues de bicyclettes, des jeteurs de tinettes et d’ordures, des faiseurs de réchauds, des charrons, des rémouleurs, des balayeurs de rues, des ramasseurs de ravets (cafards) morts et de caca-chien, des tueurs de rats, des rempailleurs, des ferblantiers, des faiseurs de lampes, des flitoxeurs de maringouins, des marcheurs dans les bois, des maçons, des carreleurs, des joueurs de tambou, des surveilleurs de cimetière, des électriciens, des fossoyeurs, des nettoyeurs de plage, des graveurs de calebasse, des transporteurs de ciment, des poseurs de briques, des dockers, des enfileurs de graines l’Eglise, des cordonniers, des charretiers, des casseurs de pierres, des chercheurs de ouassous, des pousseurs de brouettes, des chauffeurs, des mélangeurs de ciment, des arroseurs et faiseurs de jardins, des déballeurs, des mako (curieux professionnels)… oui tous, tous les comices de DPP (Débrouillard-Pas-Péché) étaient venus, tous étaient là pour manifester à la libération de José le fils du charpentier Papa Dodo qui déclamait.

- Et maintenant jè lè prends en bon français pour vous tous comprenez.

- Apiyé! (C’est d’accord!) ponctuait la foule des travailleurs.

- Jè travaille sept jours dè la semaine. (deux) jours pour moi et ma famille. Senk (cinq) jours pour les impôts.

- C’est d’accord!

- J’anmègde pas personne. Jè n’ai pas le temps.

- C’est d’accord!

- Parce que jè dèmande en pètit faveur, on dit comme quoi què jè suis en cominis kisisi-kisila (etc.).

- Et alors!

- Parce que même si jè suis un cominis, jè suis sorti di même tou (trou) què vous. Qui monsieur Maillard, qui dè Gaulle, qui vous tous sur cette Terre que Dieu a fait.

- C’est d’accord! C’est d’accord! continuait à scander la petite foule trempée de sueur à cause des portes fermées.

Ces soirs de rassemblement, Fifille s’enfermait avec sa petite fille dans la chambre et en grande confidence, exécutait exceptionnellement un acte défendu, car elle était une « sœur » adventiste du septième jour. Elle l’initiait aux sept rythmes du gwoka qu’elle avait dû abandonner à sa conversion adventiste: léwòz, toumblak, toumblak chiré, woulé, menndé, kagyanbèl, kaladja. Elle revivait les cérémonies, imitait les différences de sonorité du  boula et du marqueur.

-Tini dé tanbou: boula la ka fè bas-la é makè la ka ba-w son-la. Kontè la ka ba-y la vwa é i ka mandé lé répondè. (Il y a deux sons de tambour: le boula est l’accord de base et le marqueur vous donne le son. Le chanteur commence le thème et demande les répondeurs (le chœur)), expliquait-elle.

Elle trémoussait ses célèbres coups de reins de toumblak chiré, piquait un woulé, reprenait les pas, se secouait un menndé et relatait la somptuosité de ses tenues soyeuses samba, l’élégance étant absolument indispensable aux soirées de gwoka.

- J’allais au lérose au commandement. Mes robes en soie doublées de jupons dentelle anglaise très étoffés faisaient chchchwa-chchchwa-chchchwa… je les relevais pour leur donner le pas. Et quand apparaissait Ti-Constantin avec son ka tendu d’une liane spéciale habillé de son costume blanc bien amidonné assorti à son panama messieurs et dames! Vous faisiez caca sur vous. Boug-la té ka kasé. (Le type était d’une élégance.) Lorsqu’il se couchait sur son tambour  tous les esprits sortaient de leur trou et vous ne pouviez vous empêcher de lui donner le coup de reins. Sa langue claquait contre son palais. Elle se raclait la gorge, imitait le son du tambour dans un boulagyèl, son parler créole revenu comme le naturel au galop.

-Ti moun, an ka ba-w fré mé pa di pon moun’ ki an ka dansé kon lè mond siouplé. Sé défandi dansé sa. Ou tann Damida? Granjand-moun pa ka dansé sa. (Ma petite je t’initie, mais je te prie de ne raconter à quiconque que je danse comme le monde? C’est défendu d’exécuter ces danses. Tu m’entends? Les gens biens ne s’exhibent pas ainsi en public.

Le monde composait globalement tous ceux qui n’avaient pas embrassé l’interprétation de la Bible des « frères et sœurs » adventistes et tous ceux qui appartenaient à une autre croyance que la leur.

Les confessions adventistes se faisaient en petits groupes, auxquelles Damida assistait pour se délecter du verre de jus de raisin qui remplaçait le sang de Jésus et manger le bout de biscuit salé qui représentait son corps. Sous l’attention de l’assistance, les convertis avouaient courageusement leurs fautes et priaient chacun pour demander pardon en tutoyant Dieu: « Mon Dieu Tout-Puissant, je te demande de me pardonner pour avoir dit du mal de la voisine qui m’embête pour un petit morceau de terre qui t’appartient. D’accord, je vais le barrer. En attendant, aide moi à supporter ces attaques avec foi et bonne humeur et que cette dame soit bénie avec toute sa famille. Amen. » était la confession d’une sœur à Dieu.

Ils se recueillaient et se lavaient les pieds entre eux dans une petite cuvette en émail. Jamais Damida n’avait entendu sa grand-mère confesser qu’elle lui enseignait le gwoka. Ce qui lui prouvait que ce n’était pas un péché. Lorsque sa grand-mère s’attardait dans une conversation entre adultes où elle risquait de se marir, elle la grouillait en lui en tirant le bras. « Bonne-manman allons rentrer à la maison! Je veux que tu danses pour moi. » Elle se recevait une petite tape discrète sur la joue qui la forçait à se taire jusqu’à oublier sa nuisible proposition. Plus tard, lorsqu’elles elles étaient seules, lui était admonesté une vive réprimande sur l’importance de garder le secret: « Gadé timoun! Ou bizwen mélé mwen? An ja di-w pa rakonté zafè an mwen ti moun. An tan an té ka dansé gwoka yo té ka di an té modi. Pa di douvan moun an toujou ka rimé koupyon an mwen. Yo ja ka salé mwen, ou bizwen yo fri mwen. (Dis donc toi! Tu veux me mêler? Je t’ai déjà dit de ne pas me trahir. Dans le temps où je dansais le gwoka, on me traitait de maudite, de salope et de femme de mauvaise vie. Ne dévoile pas aux autres que je me déhanche. Déjà qu’ils m’ont salé, tu veux qu’ils me fassent frire.) »

Oh! Elle voulait tant déclamer l’art de sa grand-mère. Quel mal Messieurs et Mesdames y avait-il de pratiquer sa tradition et de les transmettre à ses petits enfants?

Quelle beauté chabine chaude lorsqu’elle dansait la bamboula sa bonne-manman chérie! Papa Dodo en réunion, confinées toutes les deux dans la chambre à coucher, elle se défoulait, se déchaînait, se démâtait, se déchirait, s’éventait, se secouait… Elle revivifiait ses mêmes danses prohibées qui lui avaient valu une réputation douteuse exorcisée en s’accrochant à sa Bible:  « Aimez-vous les uns les autres. » Elle scandait ses pas à son son de gorge.   « GGGzzzzzzzz… GGGzzzzzzz… Ansinèl lévé, mété limyè! » (Ansinèl réveille toi et allume la lumière?) (chanson traditionnelle et populaire) Elle se desserrait momentanément du carcan rigoriste des adventistes du septième jour. Elle était transformée de  « sœur » en bayadère (danseuse sacrée de l’Inde).

« An ka mandé lé répondè
Lé répondè waké lé men
Pou an ba zòt listwa a Fifi
Fifi sé on mal-fanm
I ka rimé toumblack chiré
Lè-w gadé yo di i pa bon
Dé jou la sa i an bonDyé
Paka rimé, paka dansé
paka chomé, paka chanté nwèl
Pa nonmé non a Fifi
Si-w nonmé di Sen-Fifi

(Je demande le chœur
Battez des mains
Que je vous raconte l’histoire de Fifi
Fifi est une grande Dame
Qui danse le toumblack chiré
On l’a dénigré et critiqué
Depuis ce jour elle ne danse plus
Ne s’amuse pas, ne chante pas Noël
Ne nommez pas le nom de Fifi
Si vous dites son nom dites Saint-Fifi)

Dans la règle de l’art martial, de deux rapides coups de pied, bonne-manman se délestait de ses sandales, un trépignement la transportait, le plancher tremblait sous ses pieds nus, les meubles applaudissaient à tout rompre, la sueur perlait de son nez, sa tête allait et venait à une folle vitesse, ses cheveux lançaient des épingles, ses épaules se secouaient le joug, ses gros seins se délectaient de volupté, ses reins tourbillonnaient similaire au ventilateur à hélices du plafond. Elle se soulevait de terre devant son seul spectateur, sa petite fille. En transe, possédée par le ronflement du gwoka qu’elle était seule à entendre, Fifille défiait les répondeurs invisibles en leur demandant de waké (battre) les mains. Sa voix traversait les cloisons.

« Enrajé si zò vlé (ter)
A pa zékal an mwen zò ké kasé.
Lé répondè waké lé men
Pou an ba zót fré a Fifille
Vwayajèz Gwadloup-la
I chayé dlo ba lé disidan
Pa nonmé non a Fifiy
Si ou nonmé non a Fifiy
Pa obliyé mété Bon Dyé.”

(Soyez enragés si vous voulez
Vous ne m’aurez pas
Le chœur battez les mains
Que je vous raconte l’histoire de Fifille
La voyageuse de la Guadeloupe
Qui a charroyé de l’eau pour les dissidents
Ne nommez pas Fifille
Si vous la nommez
N’oubliez pas de l’accoler au nom de Dieu.) »

Cette soirée d’agitation, elle toumblacka (danse de déhanchement) et fît le rite du pété-pied (battre le sol de ses pieds), danse exécutée auparavant, pour réveiller les esprits qui partaient libérer les esclaves de leurs chaînes de forçat.

Au rez-de-chaussée, son atelier solidement barricadé, papa Dodo réveillait sa classe ouvrière en s’excitant plus volubile que jamais:

-Écoutez moi très sérieusement! Jè parlé lé français dé grands Nèg’. Monsieur Maillard est un blagueur dè prèmière classe. C’est moi qui vous dit ça. Il nous couillonne nous tous les petits travailleurs. Pour le moment, il a mis mon fils à la geôle pour que j’arrête dè parler. Nous nè sommes plus des esclaves. C’est fini ça. Je répète que notrè coulèr dè peau nè vé pas dire que nous sommes couillons. Cè Monsieur Maillard nous raconte des vyé (vieux) blagues a mas (bobards) dè nanni nannan (d’antan) comme quoi… que l’argent c’est le butin du diable, un diable que je suis soi-disant et pendant ce temps, il met tout lahan (l’argent) dans sa poche. Il a (deux) restaurants, en grand habitation, dé (deux) maisons en France, sans compter l’hôtel qu’il construit… et pour lui tout seul il a cinq voitures automobiles tounèf (tout neuf). Pa en (pas un). Pa dé (pas deux). Cinq! Comment on pé (peut) conduire cinq automobiles à la fois? Dites moi ça en pé.  C’est fini de nous couillonner. Aujourd’hui, c’est le moment dè tenir sa promesse. Nous avons la comprènette des vices de la politique maintenant. Il met mon fils à la geôle pour (deux) bouées, mais… messieurs et mesdames… Où est lè pont pour traverser la Rivière-des-Mères? Où est l’école pour lé touts pètits enfants? Où est l’augmentation pour les vidèrs dè poubelle? Où est la sékirité sociale pour les pèti (petits) travaillèrs comme nous?  Où est la pension dè vieillesse? Où est tous qu’on nous a promis pour nous les travaillèrs? Où est le? Où est la? Où est les?

- Où est le? Où est la? Où est les? criait la foule.

-Une parole est une parole. Il faut tenir votre parole Misyé Maillard. Il nè faut pa courir M. Lè Préfet. On va pas vous manger. C’est vous les cannibales qui mangé lè corps dè Jésus. Pas nous. Et vous n´allez pas nous faire manger la vache enragée. Moi, je n’ai pas fait grand l’école comme vous, mais je suis un homme dè parole. On dit que parole en bouche n’est pas chaj (charge), mais c’est la seule fòs (force) dè communiquer que moi jè connais. Je répète que moi Dodo Vabis, jè suis un HOMME DÈ PAROLE! C’est nous qui construit notre île avec nos dé (deux) mains. On nous donne des rendez-vous, on vient pas. On nous fait promesses sir promesses et nous on voit rien vènir. Faut pas nous jèter dans lé poils à gratter quand on nè porte pas dè caleçon. C’est pas gentil ça.  C’est là qu’on dèvient mauvais sujets. Faut pas nous prende pou des couillons. où est tou cè qu´on nous a promis? Où est les?

-Wè! Où est lè? ROULO! BRAVO! BAYADAN DODO! applaudissait la foule à tour de bras pendant que papa Dodo continuait:

-Donnez nous cè que vous avez à nous donner, une fois là même! Donnez nous notre dignité! Respectez nous! Mettez l’argent sur la table! C’est notre droit.

-WÉLÉLÉ! ROULO! BRAVO DODO! DODO! DODO! DODO! …

Les travailleurs excités se levaient, battaient des mains et des pieds.

Il est à constater que ce discours fût attribué à beaucoup d’autres politiciens, sauf à Papa Dodo, parce qu’il n’était que charpentier, comme le beau-père de Jésus dont Fifille continuait à suivre le sermon.

Le temps des guili-guili était passé. José fût libéré à la condition d’être expédié en France par le B. U. D. A. F (acronyme du Bureau Unifié au Dépeuplement des Antilles Françaises). Une organisation qui exilait tous les indésirables de l’île et ceux qui voulaient voir ailleurs comment on est bien chez soi. En écoutant sur l’électrophone la rengaine à la mode de Raphaël Zachille le saxophoniste du Bas-du-Bourg à Basse-Terre en Guadeloupe, Damida pensait à son José.

  »Mwen dòmi déwò (ter)  
Mwen dómi dèwò
Mwen dòmi an tou a métwo
Ay! Ka fè fwèt
Kon adan on frijidè….

(J’ai dormi dans la rue (ter)
J’ai dormi dans la rue
J’ai dormi dans le trou du métro
Aïe! Il fait froid
Comme dans un frigidaire…) »

23 février, 2009

Couillon-nades ka rété pou maîtt yo

Classé dans : Contes Créoles (Kont) — CATORC Charles @ 18:11

 

Compè cabritt-bois cété an bougg ki té ain-main fait la fêtt épi toutt’ moune i té join-ne. I fauk i té toujou trouvé an défaut ba moune, poutchi, passe i té ka couè-i an pile, i té ka fait cô-i passé pou an gros missié. I té pé volé tout-pa-tout, monté jisse dans ciel ouè Bon-Dié, flatté Bon-Dié, la-tè pas té ka pôté-i, i té ka min-me prend cô-i pou Bon-Dié dé lhè, épi, pas té ni an mépris i pas té ka trouvé ba moune.

Compè chien ki té ja enragé contt’ Bon-Dié, di ouè ki i té tiré-i la parole, té pli enragé contt’ cabritt bois pisse cété compè Bon-Dié, i té ka atten-ne cabritt-bois join-ne-li épi fait la fêtt épi-i. I ka fait-i mandé padon. Chien té ni ti l’habitide-li, i té ka allé adans bois-a fait ti cabinett-li tous lé matins, or Bon-Dié té interdit-ça.

An jou, cabritt-bois, là, ka tounin an lè cô-i, pas save ça pou-i fait. Lhè i ouè chien ka vini, i dit, «zaffai chien faitt jôdi-a, compè chien pris jôdi-ta-là». I véyé, i véyé chien, i compren-ne ça chien té ka allé fait-a. Lhè chien mété cô-i en position, i coumencé hélé Pas-caca-là, pas-caca-là».

Chien sauté, i pas té ka enten-ne-li, i ran-massé pantalon-i épi mété couri a-tè, mé chien enragé, i faché, ka jiré di prend rivanche-;  ça, ça pas jé moune ka fait».

Chien andidans cô-i min-me ka réfléchit ki man-niè i ké pé fait ça, cabritt-bois cé compè Bon-Dié, eh bin moin, moin ké fait compè épi diabb.

Moin té ja ni an prèmié histoi épi Bon-Dié, cé diabb pou moin allé ouè.

Chien allé ouè diabb épi expliqué-i tout ça ki passé. Diabb dit-i «Compè chien moin ka aidé tout ça ki ni bisoin moin, pas coutté ça moune ka dit, diabb mauvé, diabb fait ci, diabb fait ça, mé lhè ou ka pati, pas dit moin mèci».

Alôs, pou zaffai-ou-là, fait con ou ni l’habitide fait, lhè ou ouè cabritt-bois ka vini, fait con si ou pas quitté-i fait ti la-fêtte-li et à moment ta-là ou ka dit cé quatt’ mots ta-là, zaffai-i ké fait pou an bon ti-brin temps, i pé ké fait la-fêtt épi moune encô.

Ça ki dit ki faitt, chien allé adans bois-a con i té ni l’habitide, cabritt-bois jou ta-là min-nin toutt ti compè-i: dimoiselle, sautt’relle, tac-tac, bêtt-limiè pou fai la fêtt épi chien, yo sérré cô yo bien pou chien pas ouè yo. Chien fait con si ayin pas là, i baissé pantalon-i, lhè i accroupi, cabritt-bois coumencé crié «Pas-caca-là, pas-caca-là». Chien an-nous dit quatt mots-a diabb té ba-i-là. Cabritt-bois pé net, pati con an bougg fou, pèd la tête, pèd la parole, ka voyé cô-i an lè, épi ricoumencé ka crié an sèl bagaille, «pas-caca-là, pas-caca-là». Toutt cé compè-i-là coumencé ri-i. Dépi jou ta-là cabrit-bois rhonte sôti la jounin, ka sôti lan-nuitt, pède la parole, épi sèl bagaille i pé dit atchèlment cé «pas-caca-là, pas-caca-là».

Couillon-nades ka rété pou maîtt yo.

 

Serge RESTOG

13 octobre, 2008

Dame Nicolas

Classé dans : Contes Créoles (Kont) — CATORC Charles @ 16:59

 

 

05  

 Dans une vieille maison en bois, près d’un pied d’amanas, il y avait une belle jeune fille qui vivait avec sa maman.

Un jour; elle vit arriver un cavalier habillé tout en argent et se mit à chanter:

Maman, maman, Dame Nicolas,
Mi en missié, Dame Nicolas,
Ki ka vini, Dame Nicolas,
Tout en argent, Dame Nicolas!

La maman regarda et répondit à sa fille que ce n’était point un vrai cavalier, mais le Diable. Elle fit le signe de la croix et le Diable disparu sur le champ.

Le second jour, la jeune fille vit arriver un plus beau cavalier que la veille, tout en or, et elle se mit à chanter:

Maman, maman, Dame Nicolas,
Mi en Missié, Dame Nicolas,
Ki ka vini, Dame Nicolas,
I tout en or, Dame Nicolas!

Mais la maman aperçut le sabot fourchu du Diable et fit le signe de la Croix; le cavalier disparut sur le champ.

Le troisième jour, alors qu’elle était à sa fenêtre, la jeune fille vit un cavalier encore plus beau. Ses habits étaient pleins de lumière et il resplendissait comme un soleil.

Maman, maman, Dame Nicolas,
Mi en missié, Dame Nicolas,
Qui ka vini, Dame Nicolas,
Tout en djamants, Dame Nicolas!

Les beaux habits «brûlèrent» les yeux de la Maman, et elle accepta le cavalier, qui était venu demander la fille en mariage.

La noce fût vite faite et dès le lendemain, on prépara une carriole avec des vivres et des cadeaux, car le mari désirait partir sur ses terres, où il avait plusieurs habitations.

Ils partirent et, le premier jour, le mari mangea tous les vivres d’une semaine. Le second jour, il mangea un cheval. Le troisième jour, il mangea le second cheval.

Ils firent la suite du chemin, à pied, jusqu’à la mer. Le mari avait tout le temps faim et mangeait les racines, les écorces des arbres, les mangues avec leur peau.

Ils prirent un canot.

Après des jours et des jours, ils arrivèrent au pays du mari, tout brûlé et tout sec, comme la Savanne des Pétrifications. Une cloche chantait:

Dongo, dong
Ici, c’est pays Moudong.
Dongo, dong
Moune pa ka vini ici!

Le premier jour, le mari annonça à sa femme qu’il allait sur ses habitations, qu’elle devait rester à la maison, soigner bien son coq et garder des clés, Et il se mit à chanter :

I baille la clé ta la
I di ba-Y
Ouvè ta la !
Pa ouvè ta la !
Ouvè ta la !
Pa ouvè ta la !
Ouvè ta la !
Pa ouvè ta la !

Le mari partit, et la jeune femme resta à la maison, soigna le coq et n’ouvrit que les portes que son mari lui avaient permises.

Le soir, quand le mari arriva, il trouva que sa femme avait bien obéi; il causa avec le coq; le coucha dans sa «caloge».

Au second jour, la vielle cloche se mit à chanter, après le départ du mari:

Dongo dong,
Ici cé pays Moudong
Dongo Dong,
Moune pa ka re’té ici !

C’était la maman du Diable, que celui-ci avait transformée en cloche. Or, la maman du Diable avait pris en pitié la jeune femme et elle chanta tant, que la jeune femme s’approcha de la cloche. Alors, la maman lui dit qu’elle avait épousé le Diable et que le coq était son second fils, le frère du Diable, que le Diable allait loin chercher ses épouses, qu’il les engraissait et les mangeait. Et si elle ne la croyait pas, qu’elle n’avait qu’à ouvrir les portes que son mari lui avait interdites. Mais avant il fallait donner au coq du maïs avec des clous, car il racontait tout à son frère chaque soir.

Le jeune femme prit alors du beau maïs et le mélangea avec des ti-clous. Le coq mangea le tout en trois becquées:

gloukoukassaïam !
gloukoukassaïam !
gloukoukassaïam !

Ensuite, la jeune femme prit les clés et ouvrit les portes interdites. Elle vit dans la première chambre un tas d’os, dans la seconde chambre, une robe de mariée, dans la troisième une femme pendue, toutes sèches, dans la quatrième, un gros coutelas.

Alors, elle prit peur et courut jusqu’à la plage où était le canot du Diable. Elle le prit et s’enfuit chez sa maman.

Quand le Diable vint le soir, il ne trouva pas sa femme mais touts les portes ouvertes. Son coq était si gros et la gorges si pleine de maïs et de ti-clous, qu’il ne pût rien raconter.

Il courut à la plage et ne vit plus son canot. Or le Diable ne peut aller à la nage car l’eau de mer brûle sa peau. Il prit son coutelas et coupa une beau gomier et il fit un canot.

Avec son canot, il arriva à la case de sa belle-mère et demanda où est sa femme. Mais sa belle-mère lui répondit qu’elle n’avait jamais vu sa fille, qu’elle croyait être avec son beau fils. Le diable, s’en alla, et on ne le vit plus jamais.

Pendant ce temps, la jeune fille avait été chez sa maman, qui l’avait envoyé dans un autre pays, où sa fille avait trouvé un autre mari.

Et le conteur de ce conte avait été à la seconde noce et y avait mangé, bien bu (pas comme ce soir) et bien dansé. Même qu’il avait perdu son chapeau. Qu’il cherche toujours et ce soir, il est venu dans l’assemblée présente conter le conte et chercher son chapeau, si jamais quelqu’un l’avait trouvé.

7 juillet, 2008

Mi Chatt la

Classé dans : Contes Créoles (Kont) — CATORC Charles @ 15:50

chatnoir06.jpg

Tout le monde sait que les chats sont des animaux mystérieux, surtout les chats noirs.

Dans une belle villa, sise aux environs de la ville, un mien neveu avait un beau chat noir, du nom de zombi, un chat «bien gros, bien gras, bien fourré» comme celui de la fable, mais qui, loin d’être «un saint homme de chat» était au contraire, le plus voleur des Rodilards!

Chaque jour, la paix de la maison était troublée par la cuisinière en colère, poursuivant zombi en faute, lequel naturellement ne se laissait jamais attraper.

A tout moment, les cordons bleus des villas voisines, armées de balais, faisaient irruption chez mon neveu en criant à tue-tête: «Barré chatt là! y prend viande là»…

Mais, les coups de balais destinés à zombi brisaient la vitre d’un tableau, renversaient un bibelot, quelquefois même s’égaraient sur la tête des témoins innocents, tandis que zombi restait imprenable et inattaquable.

De guerre lasse, mon neveu résolut de se défaire de son chat, et un jour qu’un ami de la campagne s’extasiait sur la beauté de zombi, zombi lui fut donné. Dûment empaqueté dans un sac, le chat fut mis au fond de l’auto de l’ami en route pour Rivière-Pilote.

Le voisinage de la villa respira. Les cuisinières en secouèrent leurs tabliers d’aise. Pensez donc, un chat qui volait même l s mets au feu!

Trois jours après, surprise!

Zombi s’étirait au soleil devant la cuisine de son premier maitre. Mon neveu fut content, les fournaux moins. Le voyage n’ayant pas assagi le banni, les méfaits recommencèrent. Le chat fut à nouveau proscrit. Cette fois, zombi fut déposé à bord d’une goélette via Trinité. «y pas ké viré fois ta a, y passé d leau» affirma la cuisinière franchement réjouie.

Trois jour après, stupeur!
Zombi ronronnait sur le plus beau coussin du salon «Chatt là, sorcier»
L’office prit peur.
Les vols reprirent sur le champs, et avec eux, les coups de balais à tort et à travers dans toute la maison!

— Sorcier, ou pa sorcier, dit un jour, le jardinier, esprit fort, donnez- moi zombi, et je jure qu’il ne reviendra pas — A regret, le fidèle, mais trop voleur zombi lui fut abandonné et le soir même, chez le jardinier, on s’en régala, «à la sauce lapin.»
Trois jours après, effroi!

Dans la chambre de mon neveu, zombi plus noir que jamais, zombi en chair et en os, bien reconnaissable à différents signes particuliers, zombi lui même, juché sur une armoire hors de la portée de tous, dardait ses prunelles phosphorescentes sur ses persécuteurs… Toute la maison le vit. Au bout d’un moment, il disparut sans que l’on pu voir comment. Il était dix heures du soir.

A vrai dire, il n’a plus reparu de puis, sauf dans les «bonnes histoires» de la famille et … dans la Paix d’aujourd’hui.

MIAOU

21 mai, 2008

Kimbé rède pa moli

Classé dans : Contes Créoles (Kont) — CATORC Charles @ 11:54

 

photo 138 800x600

Dé milets, bien chagés, té ka
fait la route côte à côte ; youn
té ka poté zanmas, l’autt’ la té
ka poté l’agent pou la paye.
Mon boug qui té ka poté l’agent
à té ka couè-ï, i té prélè
i comparaison, i té ka carrer
con an mal condinn’ pou l’autt’
là qui té ka chailler zanmas à.
(Mais cé parole là qui longue.)
Dé nègues marron rivé douvant
yo épi dé grand coutelas
vingt-quatre pouces bien filé.
Quand dé millets ouè ça, cé
méssié coummencer trembler, yo
pèdi la parole ; si ou té piqué
yo en goutt’ sang pas té kaill
couler, yo té saisi à fôce yo té
ni la trouille.
Dé nègues marron à coummencer
paler fô, yo prend en voix
majô ; cé l’agent yo ni bisoin.
Yo quimbé mal milet a qui té
ka poté l’agent la paye là, yo
baille bon babouquette, pou yo
té ça prend dé gros sacs l’agent
à ; milet fait la chaud
yo foutté ï coutt’ coutelas en cô ï
ça i té pé tchimbé épi yo quitté
missié press mô bô chimin a
Quand à l’autt’ milet à, qui té
ka poté zanmas à yo pas minme
prend roteu ï, yo pas minme
gadé ï a sou coté.
Quand l’autt’ milet à qui té
blesser à rouè ça i dit ï : compè
ça où fait, gadez con ou
chapé, à présent ou ka pâti
farraud, quant à moin, moin
ka mô à tè à, à fôce cé bandit à
passer coutelas en l’ai touèle
moin.
L’autt’ milet à réponn’ li : quitté
moin dit ou ça en compè,
si cété paill’ cann’ ou té ka
poté, ou pa té kaï là… à présent
ou ka racler, tout à l’heu à ou
pas té ka prend roteu moin,
ou té gro tchap, a présent
ou prend fè ou ka palé ba moin,
adieu compè, moin ka pâti,
foc moin fait travail moin.
« Kimbé rède pas moli, la vie
cé en combat si ou molli ou
prend fè ». Prend bon courage
pou monté mône la « fôc pas
janmin fait prélè pou en pli
faible passer ou »

6 mars, 2008

MÊT KOLIBRI

Classé dans : Contes Créoles (Kont) — CATORC Charles @ 17:36

Colibri thalassinus

  

An têt an pié mango-vê
Mêt Kolibri lévé bon-nê
Opipiri ija douboutt’ :
Sin tchê d’matin
Soleye ka lévé bon-nê ozantiy.
Fuiii !!!… Pssiii!!! – Mêt Kolibri ka siflé

I sav i ni an lo bagaye
pou fè jôdi-a.
Soukoué plimm-li, bekté vant-li,
Pou tiré yonn-dé tik.
Vloup ! Mêt Kolobri plonjé.
Mêt Kolibri ja en chimin !
Zêl-li ka brin-nin telman vitt,
Brr ! Brr ! Ou sé di i pa ni zèl.
I ka tou sanm an mouchamyèl.

Tou lé matin, mêt Kolibri
kaye tété on bèl kokliko.
Mé i té za tété-ye tèlman,
Kokliko tonbé a tè
Kolibri di-ye : «Man sav man tchoué-ou».
Kokliko di-ye : «An pa pè mô,
Pass lê on kokliko tonbé,
Sé lè dis kokliko ka lévé
pli bèl, pli rouj, kraché difé !»
E toutt sé flè-a lantoun
di ti kolibri pa pléré pou sa.
Flè soleye, bouginvilié, zarôm
Lang-a-chatt, flanbouayan
yo di kolibri fè chimin-ye
Sé kon sa la vi ka maché
Mêt Kolibri viré monté
Fiiou ! Fiiou !
I ka volé chê, i pa pou kon-nêt !

I joinn toutt zanmi a-ye,
Sisi, mêl, zôtolan, kodeinn, grobèk
«Sa ou fè, mêt Kolibri,
Zafè-ou ka maché bon matin-an ?
— Moin la, man ka tchinbé,
Toutt’ moun paré pou koumbitt-la ?»
Mé oui, Kolibri mandé toutt jibié
Sanblé kô-yo jou tala
Pou fè an nich pou sikrié
Mi glangan, mi foufou, mi gôgô
Toutt zouézo pôté grinn sèl a-yo
minm si sé an ti môso paye
Tala pôté fèye, tala pôté koton
An lôt pôté boua ti-bonm sêk
Yo fè an nich ba sikrié
Yo fini sa an ti moman !

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