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21 mars, 2008

Pâques

Classé dans : — CATORC Charles @ 8:11

Pâque juive & Pâques chrétiennes

On distingue la Pâque juive des Pâques chrétiennes : la Pâque juive s’emploie au singulier, les Pâques chrétiennes au pluriel. Au Moyen Âge, on écrivait au singulier ou au pluriel indifféremment pour les deux fêtes. Elles se fêtent à la même époque, au début du printemps mais pas le même jour ! Et elles n’ont pas la même signification. Cependant la Pâque juive a largement influencé la célébration chrétienne !
 

La Pâque juive a lieu le 15 nissan, le mois des épis et premier mois de l’année. Ce mois est à cheval entre mars et avril. Le calendrier juif est lunaire: le mois commence avec la nouvelle lune. En 2008, les Juifs célèbrent Pâque le dimanche 20 avril.

Pâques orientales & Pâques occidentales

Chez les chrétiens, il faut aussi distinguer deux dates ! L’église romaine et l’église orthodoxe ont fixé chacune de leur côté la date de Pâques ! Pour les occidentaux (catholiques et protestants), Pâques a lieu le premier dimanche après la pleine lune qui suit le premier jour du printemps.

Or, le printemps commence officiellement le 21 mars. C’est cette date que prend l’église comme référence. En réalité, le printemps commence le jour de l’équinoxe (en 2006, c’était le 20 mars). Les orthodoxes ne tiennent pas compte du calendrier grégorien mais du calendrier julien ! Il y a donc un décalage de plusieurs jours: le printemps orthodoxe commence alors le 3 avril ! D’autre part, l’église grecque fixe la pleine lune en fonction de calculs réalisés il y a plusieurs siècles et qui ne sont plus exacts. Il y a alors un second décalage: la pleine lune orthodoxe a lieu 4 ou 5 jours après la pleine lune réelle !

D’autre part, l’église orthodoxe grecque utilise le calendrier julien pour Pâques mais le calendrier grégorien pour Noël (c’est donc le 25 décembre) alors que l’église orthodoxe russe utilise le calendrier julien : le Noël russe a donc lieu le 7 janvier.

En 2008, les églises d’occident fêtent Pâques le dimanche 23 mars, les églises d’orient le dimanche 27 avril.

En 2010, 2011 et 2014, les églises d’orient et d’occident fêteront Pâques le même jour.

À l’origine, la Pâque juive

À l’origine, il existait deux fêtes pour célébrer le printemps :
- le ‘Hag Ha-Pessah’ : fête de l’agneau pascal. C’est une fête pastorale dont l’origine remonte au temps où le peuple hébreu était un peuple de nomades. Le rite du sang a une valeur importante: on prenait le sang de l’agneau pour oindre le pourtour des portes d’entrée de la tente ou de la cabane. C’était un rite de protection pour détourner les mauvais esprits et protéger ainsi la famille.

Le mot pâque désignait ainsi la fête et aussi la bête que l’on sacrifiait et que l’on mangeait. Ce sacrifice était pratiqué au temps de Jésus mais ne l’est plus depuis la destruction du temple de Jérusalem en 70.- le ‘Hag Ha-Matsoth : fête du pain sans levain. C’est une fête agricole célébrée par un peuple sédentaire au début de la moisson. Le pain sans levain porte aussi le nom de pain azyme, du grec ἂζυμος de ζύμ (levain)

Dans un second temps, ces fêtes ont été associées à l’exode du peuple hébreu, du grec ἔξοδος : sortie. Selon la Bible, à l’époque des pharaons, les Hébreux vivaient en esclavage en Égypte. L’exode représente la sortie d’Égypte, la libération du peuple hébreu.

Dans la Torah, Dieu annonce le dizième fléau qui allait frapper les Egyptiens : le sang autour des portes était le signe qui allait lui permettre de reconnaître et d’épargner les Hébreux.

Le sang vous servira de signe, sur les maisons où vous serez. je verrai le sang. Je passerai par-dessus vous et le fléau destructeur ne vous atteindra pas quand je frapperai le pays d’Égypte. Ce jour-là vous servira de mémorial. (Exode XII, 13)

Tu ne mangeras pas du pain levé ; pendant sept jours, tu mangeras des pains sans levain – du pain de misère, car c’est en hâte que tu es sorti du pays d’Égypte – pour te souvenir tous les jours de ta vie., du jour où tu es sorti du pays d’Égypte. (Deutéronome XVI)

La Pâque est donc devenue la célébration de la libération du peuple hébreu. C’est la traversée de la mer Rouge qui sépare le pays de la servitude de la terre promise. C’est le passage de l’esclavage à la liberté. C’est la renaissance du peuple d’Israël, comme le printemps est la renaissance du printemps.

Pâque, c’est le triomphe de la liberté sur l’esclavage. Pâque, c’est la fête de la libération, la fête de la liberté !

Aujourd’hui, les Juifs font une célébration familiale le premier soir: c’est le Sédèr. Et si aujourd’hui, ils ne sacrifient plus l’agneau pascal, le pain sans levain et le vin occupent toujours une place essentielle. Pas question d’avoir du levain chez soi, et encore moins d’en manger, pendant les 7 jours qui suivent la célébration de Pâque !

Sur la table, on réserve une coupe de vin au prophète Élie : c’est la Coss ‘Eliyahou. Il tient un rôle particulier car l’Ancien Testament raconte qu’il est monté au ciel (sur un char de feu…). Il n’est donc pas mort ! On peut croire à son retour qui marquera le signe d’une ère de paix et d’amour. Cette coupe est une façon de souhaiter la bienvenue à Élie, ou bien à son prochain… Traditionnellement, la porte d’entrée est ouverte ce soir là pour l’accueillir…

 

Pâques chrétiennes

Les chrétiens célèbrent, à Pâques, la mort et la résurrection de Jésus. Cela s’est passé autour de l’an 30. A cette époque, nombreux étaient les juifs qui allaient célébrer Pâques en pèlerinage à Jérusalem. Ils sacrifiaient l’agneau au temple puis le mangeaient en famille. Jésus fait, lui aussi, ce pèlerinage. Il semble avoir été accueilli en triomphe à Jérusalem. Cependant, son état d’esprit critique envers la religion établie lui attire les foudres du clergé. Il est alors jugé par un tribunal et condamné à être livré aux Romains… pour s’en débarrasser. A cette époque, le gouverneur romain s’appelait Ponce Pilate, homme qui avait la réputation de ne pas être un tendre. Il a fait crucifier Jésus, pour répondre aux souhaits de l’opinion publique, qui se range volontiers du côté de la tradition…
Les rédacteurs des Évangiles ont toujours été influencés par l’Ancien Testament. A la Pâque juive s’est substituée la célébration de la Cène, le dernier repas que Jésus partage avec ses disciples, la veille de son arrestation. C’est devenu le principal rite chrétien.
 

Pendant le repas, il prit du pain, et après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit, le leur donna et dit: « prenez, ceci est mon corps ». Puis il prit une coupe, et après avoir rendu grâce, il la leur donna et ils en burent tous. Et il leur a dit: « ceci est mon sang, le sang de l’alliance… » (Marc XIV, 22)

Cette cène est avant tout une allégorie. L’influence du rite juif est manifeste. Le pain et le vin étaient associés à Pâque avant la naissance de Jésus. A la coupe d’Élie s’est substituée la coupe de Jésus devenu l’agnus Dei qui prend la place de l’agneau pascal offert en sacrifice. Et l’ascension de Jésus ne peut que rappeler celle d’Élie…

Aujourd’hui, la mort de Jésus est célébrée le vendredi saint. Et Jésus est ressuscité le troisième jour, c’est à dire le dimanche de Pâques (dans l’Antiquité le premier jour compte pour un jour ! le lundi de Pâques est férié en France mais n’a aucune signification religieuse: simplement pour se reposer !)

Quand Jésus est-il mort? les Évangiles se contredisent ! Il n’est pas exclu que Jésus ait été crucifié quelques jours après la Pâque juive et non le jour même (comme l’atteste les trois premiers évangiles) ou la veille (comme le prétend le quatrième évangile).

Non seulement chaque évangile présente une version différente des faits, mais encore certains passages ont été ajoutés par la suite: les derniers versets de l’évangile de Marc n’existent pas dans les premiers manuscrits et le dernier chapitre de l’évangile de Jean provient d’un autre auteur…

Cependant, la vérité historique importe peu. Le Nouveau Testament donne à la Pâque juive un nouveau sens. La lecture littérale de la Bible permet de croire que la résurrection est l’annonce d’une vie après la mort. La croix devient alors le signe du passage de la vie de servitude à une terre promise… au ciel.

Mais il existe une autre lecture de la Bible. Il ne s’agit pas de prendre la résurrection de Jésus au sens propre mais au sens figuré, non au sens littéral mais au sens spirituel. Ce n’est pas le corps mais l’esprit de Jésus qui est vivant. Eternellement. La croix est le symbole de la résurrection: l’avènement d’une vie où règne l’esprit de fraternité. C’est le triomphe de l’amour sur l’égoïsme. C’est l’espérance d’une vie spirituelle. Ici et maintenant. Et cela dépend avant tout de notre volonté !

Simon Ushakov, école de Moscou, XVIIe siècle
 

 

 

 

 

 Sources : http://www.lexilogos.com/calendrier_paques.htm

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